INTERVIEW ACCORDEE PAR L’AMBASSADEUR D’ALGÉRIE AU QUOTIDIEN « LA DÉPÊCHE DU MIDI » (7/05/2018)

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07 Mai 2018
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Abdelkader Mesdoua, ambassadeur d’Algérie en France, était à Toulouse ce week-end pour rencontrer les élus et la communauté algérienne.

Quel était le but de votre visite à Toulouse ?

Je suis venu rencontrer les autorités locales et notamment la présidente de Région Carole Delga, Monsieur le Préfet et le maire de Toulouse. Ma visite a bénéficié d’une extrême attention de leur part et nos échanges ont été fructueux notamment en matière de coopération décentralisée.

Comment qualifieriez-vous cette coopération ?

Pour l’instant à Toulouse, elle est encore timide mais nous avons décidé d’engager des actions mieux ciblées et plus déterminantes dans différents domaines comme l’aéronautique mais aussi les échanges universitaires ou encore dans la santé. Nous pouvons exceller ensemble car nous partageons un destin commun. Nous allons engager un travail d’identification des régions algériennes qui seront choisies pour échanger davantage avec Toulouse et l’Occitanie.

Quels messages avez-vous adressés à la communauté algérienne à Toulouse ?

Je l’ai rencontrée samedi après-midi. Je lui ai d’abord transmis un message de satisfaction car vos autorités locales sont très satisfaites de leur comportement et de leur intégration. Je lui conseille de rester vigilante et surtout bienveillante à l’égard de la France car c’est leur pays d’accueil. Il faut rester dans cette harmonie et tenter d’aller au-delà.

Comment aller au-delà ?

Entre l’Algérie, la région et la ville de Toulouse, nous devons partager davantage de manifestations économiques et d’actions en commun. Les étudiants algériens qui sont 950 à Toulouse sont par exemple un vecteur de coopération.

L’image de l’Algérie est-elle en train de changer ?

Au-delà des clichés et des stéréotypes, l’Algérie a réalisé d’énormes avancées dans le domaine socio-économique. Savez-vous par exemple que l’éducation ou le logement sont gratuits en Algérie ? C’est coûteux pour notre pays mais c’est notre choix guidé par le progrès social.

Quelle a été votre réaction aux propos d’un élu toulousain sur la communauté arabe ?

Nous n’interférons jamais dans les affaires intérieures des autres pays. Notre position est d’éviter en toutes circonstances de créer des crispations afin de pouvoir vivre ensemble en harmonie. Dans un monde extrêmement troublé et agité nous devons tous travailler au dialogue et à la compréhension. À l’initiative de l’Algérie, l’ONU a adopté, le 8 décembre 2017, une résolution proclamant le 16 mai de chaque année, Journée internationale du «Vivre ensemble en paix».

L’action de l’Algérie dans la lutte contre le terrorisme a été récemment qualifiée de décisive. Pourquoi n’en faites-vous pas état ?

Nous agissons dans la discrétion et n’adhérons pas à la diplomatie du mégaphone. Quand l’Algérie a été frappée durant une décennie par le terrorisme, nous avons fait face seuls et avons acquis une grande expérience dans la lutte contre le terrorisme. La démarche de l’Algérie, initiée par le président Bouteflika, pour vaincre l’hydre terroriste s’est aussi appuyée sur la politique de concorde civile et de réconciliation nationale. Nous sommes un partenaire fiable dans cette lutte et disposés à partager notre expérience.

Que pensez-vous des actions de déradicalisation engagées par la France ?

La déradicalisation ne doit pas être l’affaire d’ONG. Il faut travailler à tous les niveaux : l’école, les médias, les mosquées, etc. C’est pour cette raison que l’Algérie a décidé de créer un corps de femmes imams dans les mosquées. Nous mettons aussi à la disposition de la France des imams parlant Français qui sont formés à l’islam bien sûr mais aussi au judaïsme et au catholicisme dans le cadre des religions comparées.

Recueilli par Gil Bousquet