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Allocution de M. Abdelatif RAHAL Représentant de l'Algérie au  Conseil Exécutif de l’UNESCO

 Mercredi 13 octobre 2010

 



Madame la Présidente du Conseil exécutif,

Madame la Directrice générale,

Monsieur le Président de la Conférence générale,

Excellences, Mesdames et Messieurs,

 

          Un vent de renouveau souffle t-il sur notre vieille Organisation ? C’est en tout cas, l’impression que je retire de l’excellent rapport que nous a présenté notre Directrice générale, et dans lequel elle nous a exposé ses projets et les principaux axes qui dirigeront son action.

La nouvelle équipe mise en place par la Directrice générale apportera, je n’en doute pas, un peu de fraicheur dans cette maison qui a pris un peu de lest au fil des ans alors que sa mission exige d’elle une éternelle jeunesse et un dynamisme constamment renouvelé. Je mets néanmoins en garde contre la tentation de rejeter en bloc tout l’héritage du passé, comme s’il fallait reprendre à partir de zéro l’édification de l’UNESCO. Mais je vous fais confiance, Madame la Directrice générale, pour procéder avec prudence et pour ne pas faire table rase du passé.

Créée au lendemain de la deuxième guerre mondiale, l’UNESCO a reçu pour mission essentielle de semer les graines de la paix dans l’esprit des humains, notamment par le moyen de la culture. Cette mission reste plus que jamais d’actualité, car le monde, notre monde, il faut le reconnaitre, se porte mal. Je ne veux pas parler seulement des catastrophes naturelles qui, comme par hasard, affligent notamment les pays les plus démunis et les plus désarmés. Sur ce plan, notre Organisation a apporté une contribution appréciée pour venir en aide aux populations éprouvées. A ce propos, je veux assurer le peuple d’Haïti ainsi que le peuple pakistanais de l’entière solidarité de mon pays et de la sympathie agissante du peuple algérien. Je veux surtout parler des crises de natures diverses qui caractérisent notre actualité. Ces crises sont le résultat d’une dégradation des relations internationales qui, toujours dominées par les rapports de force, ont été perverties par les spéculations financières.

Mais ce qui est inquiétant au regard de la mission de l’UNESCO, c’est le développement de l’intolérance et du racisme dans la plupart des sociétés, et même dans les sociétés considérées comme les plus développées. La lutte menée contre le terrorisme et dont la légitimité ne saurait être mise en question, a conduit à des débordements pas toujours justifiés et qui ne favorisent pas les progrès dans la lutte contre le terrorisme.

Cette déviation s’est d’abord manifestée lorsqu’une confusion inacceptable a été faite entre l’islam et les courants islamistes dont certains ont été impliqués dans des actions terroristes.

Cette tendance n’a malheureusement pas cessé de se développer jusqu’à donner lieu à un courant islamophobe dans les sociétés réputées les plus ouvertes et les plus démocratiques.

Cette situation donne encore plus d’importance et d’urgence à la mission de l’UNESCO, qui en a pris conscience en développant la culture de la paix. Le programme présenté par la Directrice générale fait une large place à ces activités, bien que, pour ma part, je ne pense pas qu’il faille faire de la culture de la paix une discipline distincte, car toutes les activités de l’UNESCO doivent y contribuer.

Dans l’ensemble des institutions du système international, ce rôle de l’UNESCO est reconnu et considéré comme le premier plan. Notre Directrice générale a participé à la réunion de New York sur les objectifs du Millénaire et elle nous en a rendu compte. Il est clair qu’il y a un grand retard dans la réalisation de ces objectifs, notamment par le non respect de leurs engagements, par les pays les plus avancés.

Ceci étant, il est clair qu’une part importante dans la réalisation de ces objectifs revient aux pays en développement eux-mêmes, et c’est le cas des pays africains qui ont réalisé des progrès remarquables dans plusieurs de leurs domaines.

Toute société assure sa cohésion et sa stabilité par la définition des droits et des devoirs de chacun de ses citoyens. Il en est de même de la société internationale, qui est gouvernée par le droit international dont les dispositions sont acceptées par tous les Etats membres. Le respect du droit international est l’une des conditions fondamentales de la stabilité mondiale et donc de la paix dans le monde. Faut-il alors s’étonner que tant de menaces pèsent sur la paix, alors que des injustices criardes continuent à se manifester, que des peuples restent privés de leurs droits à la liberté, tandis que d’autres se permettent impunément de braver les règles du droit international.

L’occupation israélienne en Palestine dure depuis un demi-siècle avec les abus que nous connaissons tous et l’UNESCO semble être paralysée lorsqu’il s’agit de rappeler à l’ordre l’occupant, de lui préciser les limites de ce qu’il peut se permettre et de condamner ses actions lorsqu’elles contreviennent au droit humanitaire le plus élémentaire ? Comment concilier une telle attitude avec notre prétention de développer une culture de la paix, fondée sur la compréhension entre les peuples, leurs religions et leurs civilisations. Notre session va encore connaitre, j’en ai bien peur, des divergences de cette nature, qui heurtent nos conceptions de la justice et de la dignité et qui relèvent davantage de calculs politiques que de recherche éthique d’un équilibre du monde, où chaque peuple puisse jouir de la vie, sans anxiété en ce qui concerne son avenir et celui de ses jeunes générations.

 

Je vous remercie.

 

 

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