| Déclarations de l'Ambassadeur |
|
____________ samedi 03 avril 2010
Négocier pour un meilleur avenir |
|
Dans une interview exclusive, S.E.M. Missoum Sbih, Ambassadeur d’Algérie en France, décrit la densité des relations bilatérales et relève l’importance historique de la communauté algérienne en France. Propos recueillis par Christian MALLAR _______
En diplomatie, on peut rarement parler de beau fixe, le beau temps alterne très souvent avec les nuages qui obscurcissent, passagèrement, le paysage. On ne peut, à vrai dire, parler, aujourd'hui, de « crise » entre les deux pays. II s'agit plutôt d'une certaine crispation sur des sujets sensibles qui hypothèquent sinon, la relation bilatérale proprement dite, du moins le climat actuel de nos rapports. Ces sujets sensibles portent, outre la question de la mémoire, sur la procédure judiciaire à l'encontre du diplomate algérien Mohamed Ziane Hasseni à l’issue de laquelle on attend un non-lieu définitif, l’exhumation récurrente de l'affaire dite « des moines de Tibhirine » qui est abusivement instrumentalisée, ainsi que l'inscription de l'Algérie sur la liste des pays dits « à risques »… Alors que la France , qui entretient avec notre pays depuis des années une coopération exemplaire en matière de lutte contre le terrorisme, est la mieux placée pour savoir que l'Algérie ne constitue nullement un pays à risques. Rien ne justifie la présence de l'Algérie sur cette liste qui singularise notre pays dans la région méditerranéenne et, même, le stigmatise à certains égards. C'est une mesure inacceptable. Aussi, ai-je bon espoir que la partie française prenne enfin, la mesure, à la fois, de l’émotion qu'une telle disposition peut avoir sur l'opinion publique algérienne et la détermination des pouvoirs publics d'obtenir le retrait de l'Algérie de cette liste. Mais l'arbre ne doit pas cacher la forêt. La relation Algérie-France a connu une courbe ascendante avec le succès de la visite d'Etat en Algérie, en décembre 2007 de M. Nicolas Sarkozy, Président de la République Française suivie, quelque temps après, en juin 2008, de celle du Premier Ministre M. François Fillon. visites au cours desquelles, il faut le souligner, ont été signés nombre d'accords de coopération de grande portée et qui constituent en fait la refonte de tout le cadre juridique de coopération entre les deux pays.
II est évident qu'une relance des relations est possible et même vivement souhaitable, compte tenu des interdépendances à tous les niveaux entre les deux pays : humain, économique, scientifique, universitaire et culturel. Dans cette perspective, la mission à Alger conduite par M. Claude Guéant, Secrétaire Général de l'Elysée, a permis de renouer le dialogue et de donner au Premier Ministre algérien l'occasion de faire un état des lieux sans complaisance des relations bilatérales, comme cette mission a permis à la délégation française de mieux identifier les questions pendantes et les attentes algériennes. Dans ce contexte, II faudrait d'abord, lever les hypothèques qui pèsent sur le climat actuel au sujet desquelles la partie algérienne attend, sous forme de « propositions opérationnelles », des dispositions concrètes de la part de la partie française. Dans cet état d'esprit, l'intervention de telles mesures permettrait, également, de donner une impulsion aux négociations en cours entre les deux pays. Peut on imaginer que la visite d'Etat en France du Président Abdelaziz Bouteflika, qui a été reportée deux fois en 2009 puisse avoir lieu prochainement? II faut, à ce sujet, préciser ce qui suit : II n'y a pas eu de « reports successifs » puisqu'il n' y a jamais eu de date arrêtée. Certes, le Président Nicolas Sarkozy a invité le Président Abdelaziz Bouteflika à effectuer une visite d'Etat en France et le Président de la République a accepté cette invitation, la date de la visite devant être arrêtée, ultérieurement, d'un commun accord. J'ajoute que l'importance de l'événement, sa portée politique et sa signification diplomatique, impliquent un climat nouveau, un climat favorable qui permette de réunir les conditions de succès d'une telle visite. Les blessures de l'Histoire entre les deux pays qui ne sont toujours pas cicatrisées, sont-elles le frein à la création d'un axe franco-algérien nécessaire à la stabilité et à l’équilibre euro-méditerranéen comme l'est l'axe franco-allemand pour l'Europe? Le devoir de mémoire est une question très importante, d'une extrême sensibilité pour les algériens, toutes générations confondues. Nous pensons, pour notre part, que le passé doit être assumé complètement et puisse ainsi consacrer une réconciliation définitive entre les deux peuples, meilleur gage pour le développement de rapports harmonieux de coopération entre l'Algérie et la France, fondés notamment sur la confiance et le respect mutuel. J'ajoute que, dans la politique mémorielle de la France, il y a des précédents: les déclarations du chef de l'Etat français relatives à la shoah, au Vel' d'Hiv, à l'esclavage et le discours prononcé à Madagascar. Sur le plan international, d'autres pays ont assumé d'une manière non équivoque leur passé : le Canada, l'Australie, la Belgique, la Grande-Bretagne et l'Italie. Tous ces pays sont de grandes démocraties occidentales ; et si le gouvernement français allait dans le même sens, il se trouverait assurément en bonne compagnie...
Le Président Bouteflika
s'est, pour sa part, exprimé dernièrement en termes très
élevés sur le sujet en disant « nous savons bien
que nous ne pouvons pas faire porter au peuple français
tout entier la responsabilité des malheurs et des
souffrances qu'en son nom le colonialisme
français nous a imposés
». Le Président de la République a précisé «
pour tourner définitivement cette page noire de
l'histoire, il faudrait aux deux pays et aux deux
peuples trouver ensemble la voie originale qui permettra
d'établir entre l'Algérie et la France, entre le peuple
algérien et le peuple français, des rapports
authentiques d'amitié sincère et véritable, dans une
coopération où
chacun trouvera son intérêt et des
raisons d'espérer dans l'avenir ». Une telle
hauteur de vue ne peut rester sans écho. __________
|
|
Copyright
© Ambassade d'Algérie en France
50, rue de Lisbonne 75008 Paris Téléphone: +33 1 53932020 - Fax:
+33 1 53932069 |