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Allocution prononcée par S.E. M. Missoum Sbih, Ambassadeur d’Algérie en France, à l’occasion de la cérémonie relative à la remise du Doctorat Honoris Causa de l’université Aix-Marseille  
Aix-en-Provence le 16 septembre 2011


 

   

Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs les Professeurs,

Mesdames et Messieurs,

Je suis particulièrement sensible à l’honneur que vous me faites en me décernant le titre de Docteur Honoris Causa de l’Université Paul Cézanne Aix-Marseille.

Je ressens d’autant mieux la portée de l’attribution de ce diplôme qu’elle traduit également, à bien des égards, un hommage exprimé à mon pays que je représente en France et un témoignage de confiance dans l’avenir de la coopération universitaire et scientifique entre l’Algérie et la France.

C’est pourquoi, Monsieur le Président, je reçois, aujourd’hui, cette distinction avec la conscience de ce qu’elle signifie.

Monsieur le Président,

Chacun connaît le prestige dont jouit votre Université et la place qu’elle occupe, bien au-delà des frontières de votre pays, grâce à la capacité de ses maîtres, à la valeur de son enseignement et à la densité de ses activités de recherche. C’est donc avec émotion que j’ai écouté vos paroles de bienvenue et celles du Professeur Mehdi qui ont évoqué les raisons qui me valent l’honneur d’être admis en votre compagnie.

Aussi, la forte impression que j’éprouve en la circonstance, en présence de cette imposante assemblée, me porte à exprimer ma sincère gratitude à l’Université Paul Cézanne pour le rare privilège qu’elle m’accorde en m’offrant notamment l’occasion de parcourir, ici, incidemment mais symboliquement, une partie de l’itinéraire de la connaissance que je me suis efforcé d’accomplir, à travers deux prestigieuses universités françaises, qui m’a conduit du Doctorat d’Etat en Droit que l’Université de Paris  m’avait conféré il y a maintenant plus de trois décennies au Doctorat Honoris Causa de l’Université Paul Cézanne que vous m’avez jugé digne de recevoir.  

Cet itinéraire universitaire rejoint, d’une certaine manière, un itinéraire professionnel et c’est précisément à l’université d’Aix-Marseille que ces deux itinéraires se sont croisés au lendemain de l’indépendance de mon pays. A cet égard, je voudrais, en la circonstance,  souligner le rôle pionnier que l’Université d’Aix-Marseille a joué dans la coopération inter-universitaire entre l’Algérie et la France.

Au moment où, premier Directeur Général de l’Ecole Nationale d’Administration, je tentais, non sans difficultés, on l’imagine aisément, de porter cette institution sur ses fonts baptismaux, j’ai trouvé auprès de l’Université d’Aix-Marseille, déjà en avance sur son temps,  une disponibilité et une disposition d’esprit des plus favorables pour une coopération multiforme, c’est-à-dire un véritable esprit de partenariat, bien avant que cette expression ne connaisse la  pleine signification que nous lui donnons aujourd’hui.

Je voudrais, et c’est, je crois, le lieu et le moment où jamais de le faire, rendre un vibrant hommage  à tous ceux qui ont initié cette coopération, en particulier au Président Charles Debbash, au Professeur Maurice Fleury et aux autres membres de la communauté universitaire d’Aix-Marseille qui les ont accompagnés et qui, dans une coopération triangulaire, ont alors joint leurs efforts avec la fine fleur de la jeune université algérienne dont le Professeur Ahmed Mahiou, aujourd’hui parmi nous,  peut être considéré comme la figure emblématique. Ils ont, les uns et les autres, des deux côtés de la Méditerranée, contribué, à travers des missions d’enseignement, l’accueil de doctorants, l’organisation de manifestations scientifiques communes et la collaboration régulière d’enseignants algériens aux publications aixoises,  à porter très haut une coopération exemplaire. Je ne manquerai pas, enfin, d’avoir une pensée émue pour le Professeur Bruno Etienne qui, jeune assistant auprès de l’Institution universitaire que je dirigeais, à l’époque, a été, à partir d’Alger,  un relais précieux dans le développement des relations de coopération entre les deux institutions.

Le caractère exemplaire de cette coopération a incontestablement ouvert la voie au développement ultérieur de relations inter-universitaires entre l’Algérie et la France fondées sur une vision élevée de la coopération internationale. C’est précisément cette vision que les gouvernements algérien et français ont voulu traduire dans le nouvel accord de coopération signé récemment entre nos deux pays qui reconnaît, à juste titre,  une place prépondérante à la coopération universitaire et scientifique dont le dispositif rénové envisage, dans un esprit nouveau, et avec une approche novatrice, d’adapter notre coopération de manière à ce qu’elle soit en mesure de prendre en compte la nature et la densité de nos rapports et réponde ainsi au caractère exceptionnel des relations entre l’Algérie et la France.

Monsieur le Président,

L’Algérie qui connaît le rôle éminent joué par les universités pour faire progresser l’esprit humain sur le chemin du savoir, a engagé une profonde réforme de l’enseignement supérieur, suivie par la tenue à Alger d’assises nationales, importante étape d’évaluation d’une ambitieuse réforme alors qu’en France, à peu près à la même période, est intervenue une grande réforme de l’université qui trouve, ici même, l’une de ses expressions à travers le regroupement des trois universités d’Aix-Marseille en une seule université pour constituer un Grand Pôle d’excellence.

Il y a là,  une sorte de symbole qui témoigne fortement  que nous sommes, les uns et les autres, conscients de la dimension des enjeux en cause et que nous considérons,  à Alger comme à Paris, que nous ne pouvons pas, quel que soit le stade actuel de nos développements respectifs, demeurer en marge de la bataille mondiale de l’intelligence dans un monde en pleine transformation.

Nous savons en effet que c’est au sein de nos universités et de nos centres de recherche que sont développées nos capacités de création et où sont forgés les outils de notre développement intellectuel, scientifique et technologique. Nous savons, aussi, que  ce sont  les universités qui peuvent fournir à nos pays les principaux atouts de la compétition internationale. Je dis cela, conscient de notre spécificité  et de nos capacités et  connaissant très bien les ressources de la coopération internationale, sa richesse mais aussi ses limites.

S’il est un domaine où la coopération internationale peut être mutuellement bénéfique, c’est bien celui de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique. Ce qui est fait en Algérie et en France dans le domaine de la coopération universitaire, ce que nous entreprenons ensemble n’est rien d’autre  que l’expression de la volonté affirmée des universités algériennes et françaises de construire une nouvelle relation qui contribue à développer une coopération fructueuse dans l’intérêt des deux pays. Car, c’est à partir des universités comme la vôtre ouverte sur le monde,  et des efforts que nous faisons nous-mêmes dans cette direction, que l’on prend la mesure de l’étendue du champ de coopération qui s’ouvre aujourd’hui à nos deux pays.

Aussi, peut-on affirmer, sans bien entendu méconnaître ou sous-estimer les autres segments de la coopération, que c’est dans le domaine universitaire et scientifique que se construit la partie la plus noble et la plus fructueuse de notre coopération qui engage, pour une large part,  l’avenir des relations entre l’Algérie et la France, dès lors qu’elle est considérée, de part et d’autre,  comme le créneau le plus structurant de nos relations et le plus porteur d’espérance.

Monsieur le Président,

Par ailleurs, comment ne pas évoquer à l’université d’Aix-Marseille, située à mi-chemin entre Alger et Paris et, ce n’est pas, vous l’avez bien compris, uniquement de géographie qu’il s’agit, la coopération régionale précisément, ici, où la vocation méditerranéenne de l’Université Paul Cézanne ne cesse de s’affirmer. Même si les diplomates, je le confesse volontiers,  peinent encore à la tâche, je sais que les universitaires et les chercheurs, pour leur part, s’y emploient. La richesse de leur réflexion et le fruit de leurs travaux peuvent incontestablement contribuer à éclairer les opinions publiques des deux côtés de la Méditerranée, à élargir les horizons des acteurs politiques et, en définitive, à nourrir substantiellement le dialogue euro-méditerranéen qui ne peut que renforcer l’esprit de partenariat auquel nous sommes, les uns et les autres, très attachés.

A ce sujet, l’Université Paul Cézanne, à laquelle je m’honore d’appartenir désormais, a, depuis bien longtemps, acquis ses lettres de noblesse. « Il est des lieux où souffle l’esprit » disait un écrivain français au siècle dernier durant lequel précisément l’Université Aix Marseille a profondément marqué sa vocation méditerranéenne. De la création en 1958 du Centre d’études maghrébin, animé par un collectif  d’éminents universitaires et chercheurs jusqu’à la création, cinquante ans après, de l’Ecole doctorale de juristes méditerranéens à l’initiative du Professeur Rostane Mehdi, les travaux et  publications des différents centres d’études et de recherches créés successivement au sein de l’Université ont jalonné avec bonheur son long parcours méditerranéen qui a enrichi considérablement la coopération entre les deux rives de la Méditerranée.

J’ajoute, que dans la situation où je me trouve, je suis particulièrement sensible à l’action que l’Université Paul Cézanne, fidèle à sa vocation historique, accomplit pour le développement de la coopération inter-universitaire avec mon pays  qui représente, sans aucun doute, le plus bel investissement pour l’avenir que nous puissions réaliser ensemble. Le caractère symbolique illustré par  cette cérémonie en témoigne.

Enfin, je voudrais, Monsieur le Président, remercier la communauté universitaire de l’Université Paul Cézanne de m’accueillir en son sein et vous dire combien j’ai été  sensible à la qualité de l’accueil que vous m’avez réservé et touché par la présence de tous ceux qui ont bien voulu, aujourd’hui, s’associer à cette manifestation.

 

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