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Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Professeurs,
Mesdames et Messieurs,
Je suis particulièrement sensible à l’honneur
que vous me faites en me décernant le titre de
Docteur Honoris Causa de l’Université Paul
Cézanne Aix-Marseille.
Je ressens d’autant mieux la portée de
l’attribution de ce diplôme qu’elle traduit
également, à bien des égards, un hommage exprimé
à mon pays que je représente en France et un
témoignage de confiance dans l’avenir de la
coopération universitaire et scientifique entre
l’Algérie et la France.
C’est pourquoi, Monsieur le Président, je
reçois, aujourd’hui, cette distinction avec la
conscience de ce qu’elle signifie.
Monsieur le Président,
Chacun connaît le prestige dont jouit votre
Université et la place qu’elle occupe, bien
au-delà des frontières de votre pays, grâce à la
capacité de ses maîtres, à la valeur de son
enseignement et à la densité de ses activités de
recherche. C’est donc avec émotion que j’ai
écouté vos paroles de bienvenue et celles du
Professeur Mehdi qui ont évoqué les raisons qui
me valent l’honneur d’être admis en votre
compagnie.
Aussi, la forte impression que j’éprouve en la
circonstance, en présence de cette imposante
assemblée, me porte à exprimer ma sincère
gratitude à l’Université Paul Cézanne pour le
rare privilège qu’elle m’accorde en m’offrant
notamment l’occasion de parcourir, ici,
incidemment mais symboliquement, une partie de
l’itinéraire de la connaissance que je me suis
efforcé d’accomplir, à travers deux
prestigieuses universités françaises, qui m’a
conduit du Doctorat d’Etat en Droit que
l’Université de Paris m’avait conféré il y a
maintenant plus de trois décennies au Doctorat
Honoris Causa de l’Université Paul Cézanne que
vous m’avez jugé digne de recevoir.
Cet itinéraire universitaire rejoint, d’une
certaine manière, un itinéraire professionnel et
c’est précisément à l’université d’Aix-Marseille
que ces deux itinéraires se sont croisés au
lendemain de l’indépendance de mon pays. A cet
égard, je voudrais, en la circonstance,
souligner le rôle pionnier que l’Université
d’Aix-Marseille a joué dans la coopération
inter-universitaire entre l’Algérie et la
France.
Au moment où, premier Directeur Général de
l’Ecole Nationale d’Administration, je tentais,
non sans difficultés, on l’imagine aisément, de
porter cette institution sur ses fonts
baptismaux, j’ai trouvé auprès de l’Université
d’Aix-Marseille, déjà en avance sur son temps,
une disponibilité et une disposition d’esprit
des plus favorables pour une coopération
multiforme, c’est-à-dire un véritable esprit de
partenariat, bien avant que cette expression ne
connaisse la pleine signification que nous lui
donnons aujourd’hui.
Je voudrais, et c’est, je crois, le lieu et le
moment où jamais de le faire, rendre un vibrant
hommage à tous ceux qui ont initié cette
coopération, en particulier au Président Charles
Debbash, au Professeur Maurice Fleury et aux
autres membres de la communauté universitaire
d’Aix-Marseille qui les ont accompagnés et qui,
dans une coopération triangulaire, ont alors
joint leurs efforts avec la fine fleur de la
jeune université algérienne dont le Professeur
Ahmed Mahiou, aujourd’hui parmi nous, peut être
considéré comme la figure emblématique. Ils ont,
les uns et les autres, des deux côtés de la
Méditerranée, contribué, à travers des missions
d’enseignement, l’accueil de doctorants,
l’organisation de manifestations scientifiques
communes et la collaboration régulière
d’enseignants algériens aux publications
aixoises, à porter très haut une coopération
exemplaire. Je ne manquerai pas, enfin, d’avoir
une pensée émue pour le Professeur Bruno Etienne
qui, jeune assistant auprès de l’Institution
universitaire que je dirigeais, à l’époque, a
été, à partir d’Alger, un relais précieux dans
le développement des relations de coopération
entre les deux institutions.
Le caractère exemplaire de cette coopération a
incontestablement ouvert la voie au
développement ultérieur de relations
inter-universitaires entre l’Algérie et la
France fondées sur une vision élevée de la
coopération internationale. C’est précisément
cette vision que les gouvernements algérien et
français ont voulu traduire dans le nouvel
accord de coopération signé récemment entre nos
deux pays qui reconnaît, à juste titre, une
place prépondérante à la coopération
universitaire et scientifique dont le dispositif
rénové envisage, dans un esprit nouveau, et avec
une approche novatrice, d’adapter notre
coopération de manière à ce qu’elle soit en
mesure de prendre en compte la nature et la
densité de nos rapports et réponde ainsi au
caractère exceptionnel des relations entre
l’Algérie et la France.
Monsieur le Président,
L’Algérie qui connaît le rôle éminent joué par
les universités pour faire progresser l’esprit
humain sur le chemin du savoir, a engagé une
profonde réforme de l’enseignement supérieur,
suivie par la tenue à Alger d’assises
nationales, importante étape d’évaluation d’une
ambitieuse réforme alors qu’en France, à peu
près à la même période, est intervenue une
grande réforme de l’université qui trouve, ici
même, l’une de ses expressions à travers le
regroupement des trois universités
d’Aix-Marseille en une seule université pour
constituer un Grand Pôle d’excellence.
Il y a là, une sorte de symbole qui témoigne
fortement que nous sommes, les uns et les
autres, conscients de la dimension des enjeux en
cause et que nous considérons, à Alger comme à
Paris, que nous ne pouvons pas, quel que soit le
stade actuel de nos développements respectifs,
demeurer en marge de la bataille mondiale de
l’intelligence dans un monde en pleine
transformation.
Nous savons en effet que c’est au sein de nos
universités et de nos centres de recherche que
sont développées nos capacités de création et où
sont forgés les outils de notre développement
intellectuel, scientifique et technologique.
Nous savons, aussi, que ce sont les
universités qui peuvent fournir à nos pays les
principaux atouts de la compétition
internationale. Je dis cela, conscient de notre
spécificité et de nos capacités et connaissant
très bien les ressources de la coopération
internationale, sa richesse mais aussi ses
limites.
S’il est un domaine où la coopération
internationale peut être mutuellement bénéfique,
c’est bien celui de l’enseignement supérieur et
de la recherche scientifique. Ce qui est fait en
Algérie et en France dans le domaine de la
coopération universitaire, ce que nous
entreprenons ensemble n’est rien d’autre que
l’expression de la volonté affirmée des
universités algériennes et françaises de
construire une nouvelle relation qui contribue à
développer une coopération fructueuse dans
l’intérêt des deux pays. Car, c’est à partir des
universités comme la vôtre ouverte sur le monde,
et des efforts que nous faisons nous-mêmes dans
cette direction, que l’on prend la mesure de
l’étendue du champ de coopération qui s’ouvre
aujourd’hui à nos deux pays.
Aussi, peut-on affirmer, sans bien entendu
méconnaître ou sous-estimer les autres segments
de la coopération, que c’est dans le domaine
universitaire et scientifique que se construit
la partie la plus noble et la plus fructueuse de
notre coopération qui engage, pour une large
part, l’avenir des relations entre l’Algérie et
la France, dès lors qu’elle est considérée, de
part et d’autre, comme le créneau le plus
structurant de nos relations et le plus porteur
d’espérance.
Monsieur le Président,
Par ailleurs, comment ne pas évoquer à
l’université d’Aix-Marseille, située à mi-chemin
entre Alger et Paris et, ce n’est pas, vous
l’avez bien compris, uniquement de géographie
qu’il s’agit, la coopération régionale
précisément, ici, où la vocation méditerranéenne
de l’Université Paul Cézanne ne cesse de
s’affirmer. Même si les diplomates, je le
confesse volontiers, peinent encore à la tâche,
je sais que les universitaires et les
chercheurs, pour leur part, s’y emploient. La
richesse de leur réflexion et le fruit de leurs
travaux peuvent incontestablement contribuer à
éclairer les opinions publiques des deux côtés
de la Méditerranée, à élargir les horizons des
acteurs politiques et, en définitive, à nourrir
substantiellement le dialogue euro-méditerranéen
qui ne peut que renforcer l’esprit de
partenariat auquel nous sommes, les uns et les
autres, très attachés.
A ce sujet, l’Université Paul Cézanne, à
laquelle je m’honore d’appartenir désormais, a,
depuis bien longtemps, acquis ses lettres de
noblesse. « Il est des lieux où souffle
l’esprit » disait un écrivain français au
siècle dernier durant lequel précisément
l’Université Aix Marseille a profondément marqué
sa vocation méditerranéenne. De la création en
1958 du Centre d’études maghrébin, animé par un
collectif d’éminents universitaires et
chercheurs jusqu’à la création, cinquante ans
après, de l’Ecole doctorale de juristes
méditerranéens à l’initiative du Professeur
Rostane Mehdi, les travaux et publications des
différents centres d’études et de recherches
créés successivement au sein de l’Université ont
jalonné avec bonheur son long parcours
méditerranéen qui a enrichi considérablement la
coopération entre les deux rives de la
Méditerranée.
J’ajoute, que dans la situation où je me trouve,
je suis particulièrement sensible à l’action que
l’Université Paul Cézanne, fidèle à sa vocation
historique, accomplit pour le développement de
la coopération inter-universitaire avec mon pays
qui représente, sans aucun doute, le plus bel
investissement pour l’avenir que nous puissions
réaliser ensemble. Le caractère symbolique
illustré par cette cérémonie en témoigne.
Enfin, je voudrais, Monsieur le Président,
remercier la communauté universitaire de
l’Université Paul Cézanne de m’accueillir en son
sein et vous dire combien j’ai été sensible à
la qualité de l’accueil que vous m’avez réservé
et touché par la présence de tous ceux qui ont
bien voulu, aujourd’hui, s’associer à cette
manifestation.
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