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INSTALLATION DE LA COMMISSION NATIONALE
DE LA RÉFORME DU
SYSTÈME ÉDUCATIF
(Palais des Nations, Alger, Samedi 13 Mai 2000)
Mesdames, Messieurs les membres de la Commission Mesdames, Messieurs,
Voilà tout juste un an, le peuple algérien adoptait démocratiquement le programme d'action que je lui proposais pour sortir de la crise profonde dans laquelle notre pays était plongé. Les voies du renouveau national étaient ainsi tracées. Pour concrétiser ce programme, nous avons donné la priorité absolue au retour à la paix en mettant en œuvre la politique de la concorde civile approuvée par l'écrasante majorité des Algériens lors du référendum du 16 septembre 1999. En même temps que la concorde civile consolidait ses acquis nous nous sommes attachés à mieux faire comprendre au reste du monde la réalité de la situation qui prévaut dans notre pays, les objectifs que nous poursuivons et la vision nouvelle qui inspire désormais notre démarche tant sur le plan national qu'international.
Sur les importantes questions nationales qui doivent donner lieu à l'ouverture de grands chantiers, nous avons opté pour une approche qui privilégie l'action réfléchie et exclut toute initiative improvisée. Cette démarche nous paraît être la seule qui soit de nature à répondre aux conditions que l'on doive nécessairement réunir pour mener à bien les grandes réformes qui engagent l'avenir du pays. Après la mise en place de la Commission nationale de réforme de la justice, le moment est venu d'ouvrir, aujourd'hui, solennellement, un nouveau grand chantier de dimension nationale, celui de la réforme du système éducatif.
Parmi les défis de l'avenir auxquels nous devons faire face, celui de l'éducation est le plus difficile et le plus complexe mais aussi le plus chargé d'espérance et le plus passionnant à relever parce qu'il détermine, à la fois l'avenir des générations futures, l'évolution et l'équilibre harmonieux de notre société, et conditionne le développement économique, scientifique et technologique de notre pays ainsi que le rayonnement de sa personnalité et de sa culture dans le monde.
Comme je l'avais annoncé, notamment lors de la célébration de la Journée de l'étudiant, je procède aujourd'hui à l'installation de la Commission nationale de la réforme du système éducatif composée de cadres et de personnalités éminents de ce secteur qui, au-delà de leurs compétences avérées, ont une conscience aiguë de l'enjeu national et une idée élevée de la mission qui leur est confiée.
Mesdames, Messieurs,
L'Algérie a toujours considéré que l'éducation et la formation étaient des facteurs de libération, d'émancipation et de progrès et devaient, par conséquent, constituer, dans tous les cas, une priorité nationale. Notre pays a donc, tout naturellement, d'une manière constante, placé l'éducation et la formation au centre de ses préoccupations et a consenti un effort considérable pour le développement de ce secteur auquel il a consacré, à juste titre, une part importante de ses moyens et de sa richesse nationale.
Des milliers d’établissements ont été construits et des centaines de milliers d’enseignantes et d’enseignants ont été formés. Une infrastructure matérielle dense et largement répartie à travers tout le territoire national a été créée et un potentiel humain et institutionnel de grande envergure a été mis en place permettant d’accueillir aujourd’hui, plus de huit millions d’élèves et d’étudiants, soit plus du quart de la population contre seulement 8% en 1962.
C’est dire la portée du saut gigantesque accompli, au cours de ces trois dernières décennies, pour concrétiser l’une des revendications fondamentales de la Révolution algérienne : le droit à l’éducation, l’accès démocratique, gratuit et obligatoire à l’instruction pour tous les garçons et toutes les filles de notre pays. Outre la démocratisation de l’enseignement, l’effort a porté également sur la nationalisation de ses contenus et de ses moyens, notamment, à travers la généralisation de la langue nationale, l’algérianisation de l’encadrement à tous les niveaux, ainsi que sur l’élargissement substantiel des capacités des appareils nationaux de formation.
Ces résultats sont aussi à mettre au crédit de l’immense effort accompli par des centaines de milliers d’enseignants et de formateurs qui n’ont cessé d’apporter au fil des années et dans des conditions professionnelles et sociales souvent difficiles, leur contribution à la construction de l’Ecole algérienne. A tous ceux et à toutes celles qui ont œuvré à l’édification de cette École qu’ils ont développée et soutenue avec courage et dévouement en assurant la continuité du service public en dépit des circonstances vécues ces dernières années par notre pays, je voudrais leur rendre justice en leur adressant un vibrant hommage et en leur exprimant au nom du peuple algérien tout entier la reconnaissance qui leur est due.
La politique éducative suivie jusqu’ici dans notre pays s’appuyait sur des principes (démocratisation, arabisation et orientation scientifique et technique) qui ont recueilli dans l’ensemble un large consensus au niveau national, mais cette politique n’a , par contre, jamais été mise en œuvre dans le cadre d’une démarche globale et cohérente . Notre système éducatif a, de ce fait, connu de graves carences et dysfonctionnements s’exposant ainsi, très largement, aux contraintes idéologiques et aux dérives politiques qui ont dénaturé sa finalité.
Mesdames, Messieurs,
Le développement quantitatif de l’enseignement ne peut, hélas, en dépit des efforts consentis, masquer les insuffisances constatées qui se traduisent à la fois par une baisse significative du niveau général de l’enseignement, une dévaluation des diplômes délivrés à tous les niveaux, une forte déperdition scolaire et l’exclusion chaque année de centaines de milliers de jeunes sans qualification ni perspective d’intégration professionnelle ou sociale. Nous savons aussi que, malgré les taux de scolarisation affichés, il est établi que les poches de non scolarisation et les phénomènes de déscolarisation persistent et continuent de s’élargir, en particulier au détriment des filles et des catégories sociales à faible revenu, de sorte que le taux d’analphabétisme, y compris chez les jeunes, reste, encore aujourd’hui, trop élevé.
Sans vouloir anticiper sur les travaux d’évaluation que vous allez entreprendre, je voudrais quand même vous faire part de mon sentiment personnel qui, j’en suis convaincu, est partagé par une grande majorité de nos concitoyens. Mon sentiment est que l’Ecole, qui est partie intégrante de la société algérienne, est profondément malade. Comment peut-il en être autrement puisque cette société a été sérieusement ébranlée jusqu’au plus profond d’elle-même.
Aujourd’hui, force est de constater que l’école ne sait plus répondre aux attentes légitimes et aux besoins réels de la collectivité. Cette situation alarmante, due en grande partie à l’absence de vision et à une mauvaise articulation entre les différents paliers du système éducatif, a été aggravée par une insuffisante liaison avec l’environnement interne et le manque d’ouverture sur l’universel qui ont, également, pesé lourdement dans le processus de dégradation générale. Cette crise de l’enseignement réduit, à l’évidence, la portée des résultats et des acquis obtenus au prix de sacrifices très lourds consentis par le pays, et contrarie gravement la politique nationale de démocratisation de l’enseignement.
Mesdames, Messieurs,
Il nous faut donc réagir pour enrayer les phénomènes de dégradation de l’École algérienne et mettre en place les voies et moyens de son redressement et de sa réhabilitation.
Ni le Président de la République, ni le citoyen que je suis ne pouvait rester neutre ou indifférent devant une telle situation.
Je me devais donc de vous livrer mon appréciation personnelle sur l'état des lieux en guise de contribution à vos travaux, qui ne peut cependant en aucune façon se substituer à votre analyse et à votre évaluation.
L'analyse et l'évaluation que vous allez être amené nécessairement à faire seront naturellement fondées sur des bases scientifiques et pédagogiques en vue d'un diagnostic sans complaisance, qualifié et objectif, de tous les éléments constitutifs du système éducatif. Ce diagnostic, qui devra être aussi précis et exhaustif que possible, portera, à la fois, sur les résultats positifs enregistrés grâce à l'effort de tous et sur les insuffisances et les contraintes qui pèsent sur notre système, en analysant leurs causes et en mesurant toutes leurs implications. Il s'agit, en l'occurrence, moins de situer les responsabilités des uns ou des autres que d'avoir une rigoureuse connaissance de l'état actuel de notre système d'éducation et de formation pour mieux prendre conscience de la réalité de la situation et de l'ampleur de la tâche qui attend votre commission.
Il me paraît important de rappeler, à cet égard, que l'absence d'évaluation, scientifique et rigoureuse du système a conduit à plusieurs reprises par le passé, à des appréciations souvent approximatives et controversées parce que totalement désincarnées par rapport à la dimension réelle des véritables enjeux et des défis que l'École devait relever. La refonte de l'École algérienne répond à une attente profonde et légitime de la société. C'est pourquoi je vous invite à bien cadrer vos débats et à travailler dans une ambiance dépouillée de toute controverse idéologique ou partisane et à situer vos travaux dans une démarche rationnelle et objective, affranchie de tous préjugés et préventions qui risqueraient d'altérer la qualité et la pertinence de votre réflexion.
Mesdames, Messieurs,
La refonte du système éducatif à l'étude de laquelle vous allez procéder devra être profonde et complète, c'est-à-dire qu'elle concernera tous les paliers et modes d'enseignement et de formation ainsi que la recherche scientifique. Elle devra comporter les éléments constitutifs d'une politique éducative totalement rénovée inscrite dans la durée. Cette politique s’intégrera dans une démarche globale, intégrée et cohérente, en adéquation avec l'environnement interne et externe, et devra répondre aux exigences du développement économique, social et culturel du pays ainsi qu'aux besoins de sa modernisation. Elle aura, également, à prendre effectivement en compte l'évolution constatée des tendances mondiales dans le domaine de l'éducation. Elle devra concilier le savoir et le savoir-faire. Professionnellement. Scientifiquement. Techniquement. Technologiquement.
Le projet de réforme qui est attendu de votre part prendra la forme d'un schéma directeur qui définira les principes généraux et les objectifs visés, autrement dit, doctrine de la nouvelle politique éducative en s'appuyant sur les fondements constitutionnels politiques et culturels du pays. Ce schéma précisera les stratégies et les échéanciers de mise en œuvre de cette politique et indiquera l'organisation la plus rationnelle et l'articulation la plus harmonieuse des différentes composantes du système. Il évaluera également les moyens humains et matériels à mettre en place pour une application effective de la réforme.
La Commission proposera, enfin, les éléments qui permettront d'élaborer le nouveau dispositif institutionnel devant régir à l'avenir le futur système d'éducation et de formation. Il vous appartiendra, également, dans le cadre de cette démarche, d'étudier et de proposer, sur la base du diagnostic établi, les mesures qui vous apparaîtront nécessaires et urgentes susceptibles d'être appliquées dans des domaines que vous jugerez prioritaires dès la prochaine rentrée scolaire.
Mesdames, Messieurs,
La définition à long terme d'une politique de l'éducation nationale implique une démarche cohérente. Il me parait à cet égard, indispensable de souligner le caractère global et intégré de la réforme. Le système éducatif est un tout. S'est un processus continu qui s'amorce avec l'éducation de l'enfance, commence dans l'enseignement primaire, se prolonge dans l'enseignement secondaire, se développe dans l'enseignement supérieur et se poursuit tout au long de la vie professionnelle. La réforme du système éducatif ne doit pas simplement être globale et appréhender l'ensemble des ordres d'enseignement. Elle doit logiquement être conçue par tranche de vingt ans. On ne peut, en effet, penser les programmes d'un ordre d'enseignement indépendamment des autres.
On ne peut réformer l'enseignement fondamental qui est fondé sur la maîtrise des connaissances de base, l'apprentissage de la citoyenneté et l'épanouissement de la personnalité sans réfléchir, en même temps, à la complexité de la double finalité de l'enseignement secondaire qui vise à préparer, à la fois, à l'enseignement supérieur et à la vie active pour ceux qui choisissent, au terme de ce cycle, même à leur corps défendant, d'entrer dans le monde du travail. On ne peut réformer l'enseignement secondaire sans se préoccuper de ses prolongements dans l'enseignement supérieur.
L'enseignement supérieur précisément doit apporter, sur tous les plans, une contribution majeure au développement du pays. Il ne peut, cependant, accomplir ses missions que si ses structures, son organisation et son articulation avec la recherche et le monde du travail et son ouverture sur l'universel le mettent en mesure d'anticiper les besoins de la société et de s'affirmer ainsi comme une composante essentielle du développement culturel, social et économique de notre pays.
Il va de soi que d'autres sujets de préoccupation non moins importants feront l'objet de votre réflexion pour dégager un projet de promotion de l'enseignement supérieur qui s'insère harmonieusement dans l'architecture d'ensemble d'une refonte globale du système de l'éducation et de la formation. Vous serez ainsi amenés à réfléchir sur la contribution déterminante que l'enseignement supérieur apportera pour la formation des élites du pays trop longtemps sacrifiée et à vous interroger sur les finalités professionnelles respectives de l'université et des grandes écoles et sur les conditions qui doivent être réunies pour développer la recherche scientifique et valoriser les travaux de nos chercheurs en renforçant notamment les liens entre l'enseignement supérieur et la recherche, en établissant des passerelles avec le secteur économique et en accordant une importance accrue à l'expérience internationale.
S'il est un domaine où la coopération internationale. Peut-être mutuellement bénéfique, c'est bien celui de l'enseignement supérieur et de la recherche scientifique.
C'est le lieu privilégié de la circulation des idées, de la confrontation des cultures et de l'échange des informations, des expériences et des découvertes qui conditionnent en grande partie notre entrée dans la société du savoir pour affronter les défis du vingt et unième siècle.
Les savoirs dispensés à l'École occupent désormais, vous le savez, une place inégalée dans l'évolution des rapports entre les nations. La croissance et la prospérité économique et sociale ne sont plus, c'est une évidence, subordonnées à la possession de matières premières, fussent-elles stratégiques. L'explosion vertigineuse des connaissances, l'accélération de leur renouvellement, l'accroissement exponentiel des découvertes scientifiques et technologiques ont imposé la mise en place d'une nouvelle société du savoir. A l'heure de la mondialisation où la compétition internationale devient impitoyable, ce sont les savoirs et les innovations scientifiques et technologiques qui redistribuent les cartes de la richesse et de la puissance.
L'Algérie ne peut plus rester en marge de ce mouvement vers le progrès et doit même pouvoir participer à ce nouveau concert mondial des " sociétés du savoir " à condition qu'elle le veuille profondément et qu'elle investisse les moyens nécessaires pour s'adapter à cette nouvelle situation. Dans cette perspective, l'École algérienne, creuset du savoir et de l'intelligence, doit être résolue à relever le défi de la modernité.
Mesdames, Messieurs,
L'École algérienne rénovée, premier palier pour l'apprentissage de la culture démocratique et meilleur garant de la cohésion sociale et de l'unité nationale, assurera la formation d'un citoyen doté de repères incontestables, fidèle à ses principes et à ses valeurs, mais aussi capable de comprendre le monde qui l'entoure. Elle sera alors en mesure de s'ouvrir plus largement et sans complexe sur le monde extérieur. Le bon sens nous y invite, la mondialisation nous le commande.
Dans un tel contexte, la maîtrise des langues étrangères est devenue incontournable. Apprendre aux élèves, dés leur plus jeune âge, une ou deux autres langues de grande diffusion, c'est les doter des atouts indispensables pour réussir dans le monde de demain. Cette action passe, comme chacun peut le comprendre, aisément, par l'intégration de l'enseignement des langues étrangères dans les différents cycles du système éducatif pour, d'une part, permettre l'accès direct aux connaissances universelles et favoriser l'ouverture sur d'autres cultures et, d'autre part, assurer les articulations nécessaires entre les différents paliers et filières du secondaire, de la formation professionnelle et du supérieur. C'est à cette condition que notre pays pourra, à travers son système éducatif et ses institutions de formation et de recherche et grâce à ses élites, accéder rapidement aux nouvelles technologies notamment dans les domaines de l'information, la communication et l'informatique qui sont en train de révolutionner le monde et d'y créer de nouveaux rapports de force.
Mesdames, Messieurs,
La réforme envisagée n'aura de sens et d'impact significatif sur le système d'éducation et de formation que si nous agissons en profondeur à la fois sur le contenu des programmes et les méthodes pédagogiques ainsi que sur le recrutement et la formation des enseignants. Si j'évoque ce sujet à la fin de mon discours, c'est bien pour en souligner l'importance et la place stratégique qu'il doit occuper dans notre démarche réformatrice qui vise à mettre en place un système éducatif national, moderne et performant qui soit le levier principal de transformation. Civique, culturelle, économique et sociale de la société algérienne.
Cet objectif implique en particulier une rénovation profonde du contenu des programme et des méthodes d'enseignement. Il faudra, dans cette perspective, redonner à la pédagogie la place centrale qu'elle mérite, en mettant à sa disposition les moyens nécessaires dont elle a besoin pour développer des programmes qui préservent les élèves des influences et manipulations idéologiques et politiques.
Les pédagogies à construire et à mettre en œuvre le plus tôt possible doivent être formatives, dynamiques et centrées sur la connaissance de la personnalité de l'élève et le développement de ses capacités d'observation, de jugement, de sens critique et de dialogue.
Enfin, il importe de réfléchir aux possibilités offertes par les nouvelles technologies de l'information et de la communication qui sont appelées à modifier les modes d'élaboration, d'acquisition et de transmission des connaissances et à leur impact sur le renouvellement de la pédagogie.
Mesdames, Messieurs,
Notre démarche novatrice est indissociable d'une nouvelle politique des ressources humaines. Comment cette politique doit-elle être conçue, élaborée et mise en œuvre en adéquation avec les objectifs de la réforme ? C'est une question fondamentale à laquelle je vous demande d'accorder une attention soutenue. Car, ne nous méprenons pas, tout l'édifice que vous allez bâtir repose, on ne le soulignera jamais assez, sur l'Enseignant, le maître; il faut appeler les choses par leur nom. L'enseignant occupe une place centrale dans le système éducatif. Il y joue un rôle majeur, irremplaçable. La qualité de l'enseignement dispensé et le niveau de la formation dépendent avant tout de la compétence des enseignants, du sens de leurs responsabilités ainsi que de leurs qualités humaines et pédagogiques.
L'enseignant qui contribue à façonner des générations d'Algériens doit, à ce titre, être reconnu par la société. Il doit retrouver la considération sans laquelle il ne peut accomplir dignement la haute mission dont il a la charge. Aussi, une attention particulière devra être accordée aux critères de recrutement des futurs Enseignants, à leur formation initiale et à leur perfectionnement professionnel continu. Ce qui implique, d'une part, une redéfinition des missions et des structures des institutions de formation de formateurs et, d'autre part, l'intervention d'un nouveau statut de l'Enseignant en rapport avec le niveau de la charge qui lui incombe et de l'espérance dont il est porteur
Mesdames, Messieurs,
Votre Commission est composée de cadres parmi les plus compétents des secteurs concernés, de chercheurs et de pédagogues, d'universitaires de différents profils, d'hommes de lettres, des arts et des sciences et de personnalités marquantes ayant une notoriété reconnue dans les domaines éducatifs, sociaux et culturels. La Commission aura la liberté, totale et l'entière responsabilité de débattre de tous les aspects du système éducatif, et de proposer en conscience, toutes les mesures qui lui paraîtront les plus conformes à l'intérêt général.
La commission devra associer à ses travaux un éventail aussi large et représentatif que possible de tous ceux qui sont, à un titre ou à un autre, directement ou indirectement concernés par la réforme du système éducatif :
Représentants des parents d'élèves, des étudiants, des enseignants et des chercheurs, ainsi que des personnalités qui, en raison de l'expérience ou de l'intérêt qu'ils portent à l'éducation et à la formation, sont susceptibles de vous éclairer utilement et de contribuer d'une manière substantielle au succès de vos travaux.
La commission devra, dans le cadre du mandat défini par la lettre de mission, s'appuyer sur les spécificités de la société algérienne qui ont nourri la réflexion nationale sur les problèmes de l'éducation et de la formation dans notre pays.
Mais vous devez, en même temps, élargir votre champ de vision et prendre en considération les acquis et les expériences des systèmes éducatifs performants de par le monde.
La commission aura la latitude de faire appel à toute personne à l'intérieur ou à l'extérieur du pays dont la compétence, la qualification et l'expérience lui paraîtront de nature à apporter une contribution utile à ses travaux. A cet égard, je vous invite à solliciter, si vous le jugez utile, l'expertise des institutions intergouvernementales dont l'Algérie est membre, à l'instar de l'UNESCO et de l'ALESCO.
Mesdames, Messieurs,
Votre mission peut être qualifiée, pour une fois, d'historique sans que le mot ne soit galvaudé. Il ne m'échappe nullement que la société algérienne est tiraillée par des contradictions et des forces centrifuges.
Il ne m'échappe nullement qu'il y eut beaucoup d'études sur le sujet et qu'il existe au moins autant d'écoles de pensée sur cette question en Algérie. Il ne m'échappe pas en particulier que les courants, pas nécessairement contradictoires, de l'authenticité et du retour aux sources et de l'élan audacieux vers les impératifs de la modernité sont là et se livrent parfois une lutte pathétique en exposant aux enchères le devenir des générations futures.
Votre débat, on le voit, se situe bien au cœur de la société algérienne. C'est un véritable débat national. Il n'échappera ni aux surenchères de la presse, ni aux arrière-pensées politiciennes. Sur ce point, comme sur d'autres absolument vitaux pour l'Algérie, le peuple pourrait être consulté et se prononcerait alors souverainement.
Les médias audiovisuels, pourront en tant que de besoin, vous servir de relais pour faire parvenir votre message et expliquer tous les problèmes y compris les questions tabous, à l'appréciation du peuple algérien tout entier.
A l'instar de n'importe quel citoyen algérien, je peux me poser mille et une questions sur notre système d'éducation et de formation. Il vous appartient de le faire, d'essayer d'y répondre en vous appuyant sur votre expérience, sur votre savoir-faire, sur votre science en la matière, sur votre sagesse, sur vos capacités d'écoute des Algériens.
Le Gouvernement ne peut, à lui seul, régler un problème national d'une telle ampleur. Il est temps néanmoins que quelqu'un vienne dire à la Nation, voilà le constat, tel est le diagnostic, et voici ce qu'il conviendrait de faire.
Mesdames, Messieurs,
La réforme de l'École constitue un enjeu capital pour l'ensemble de la société algérienne car les choix qui interviendront auront à exprimer l'attachement aux valeurs de notre patrimoine culturel et civilisationnel, mais également l'aspiration légitime de notre jeunesse à bâtir son avenir dans une société démocratique, moderne et ouverte sur le monde.
La réforme du système éducatif que nous engageons aujourd'hui représente, à cet égard, une œuvre de très longue haleine qui se situe dans le rite de la gestuelle ancestrale du semeur en terre féconde. C'est une action continue, un effort constant d'adaptation à l'évolution de notre société et du monde en mutation permanente. Hier, nous avons fait face au défi de la démocratisation de l'Enseignement, aujourd'hui, c'est un autre défi que nous devons relever.
La société algérienne est, dans l'ensemble, consciente de la réalité de la situation et de l'importance des enjeux. Les Algériens, même les moins avertis, sentent bien que notre système éducatif ne répond pas à leur attente et s'interrogent parfois, non sans angoisse, sur l'avenir de leurs enfants. L'attente légitime est donc forte. Elle nous interpelle. Nous devons y répondre. L'installation de votre commission représente, sans doute, à cet égard, le signal attendu. Mais ce sont surtout le sérieux et la qualité de vos travaux, la rigueur et la lucidité de vos analyses, la densité et la pertinence de vos recommandations ainsi que la conscience et la hauteur de vue avec laquelle vous accomplirez votre mission qui sauront le mieux, j'en suis convaincu, répondre à cette grande espérance.
La mission que je confie à votre honorable commission est certes lourde mais ô combien exaltante car il s'agit d'une œuvre qui va engager le devenir de la Nation. Je demeure persuadé que chacun d'entre vous ne ménagera aucun effort pour apporter sa contribution à la réalisation de ce noble objectif.
Si je me suis trop étalé sur cette question c’est pour dire toute l’importance que je lui accorde. Ceci émane également de l’intérêt que je lui porte et qui est celui du peuple algérien.
Des jeunes algériens partent pour étudier à l’étranger, et il n’y a pas de honte à cela.
Dans le même temps des parents critiquent le système éducatif de leur pays mais n’ont pas tous les moyens d’envoyer leurs enfants dans des pays étrangers pour y étudier.
Toutefois ceux qui veulent donner des leçons en la matière, à l’intérieur et à l’extérieur du pays, ne sont nullement habilités à parler au nom du peuple ou de ses souffrances.
Votre tâche n’est pas aisée et votre responsabilité est lourde. Menez cette bataille avec courage et persévérance et n’ayez aucune crainte. Dieu vous aidera et le peuple vous soutiendra car le but de votre mission est de répondre à des aspirations légitimes en votre âme et conscience.
Cette question est d’autant plus importante qu’il est du devoir de tous d’y participer afin que nous puissions parvenir à des solutions efficaces qui prennent en compte notre patrimoine, notre authenticité, notre identité et notre culture tout en restant ouverts au monde. Acceptons d’apprendre d’autrui car cela est une richesse supplémentaire.
Je suis convaincu que cette entreprise est déterminante.
Je vous remercie pour votre attention et je souhaite plein succès à vos travaux.
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