Intervention de Monsieur Mourad MEDELCI, Ministre des Affaires Etrangères, devant la plénière de la huitième Conférence d'examen du Traité de Non- prolifération des armes nucléaires (TNP).
 



mercredi 05 mai 2010

 



Monsieur le Président,
Messieurs les Chefs de délégations,
Mesdames et Messieurs,

Je voudrais tout d’abord, Monsieur le Président, vous présenter les chaleureuses félicitations de la délégation algérienne, à l’occasion de votre brillante élection pour la conduite des travaux de la huitième Conférence d’examen du Traité de Non-prolifération des armes nucléaires. Je suis persuadé que votre expérience et vos qualités personnelles et professionnelles seront à la hauteur de la mission qui vous incombe en qualité de Président de cette Conférence. Soyez assuré, Monsieur le Président, du plein soutien de la délégation algérienne et de son entière disponibilité tout au long de nos travaux.

Les félicitations de la délégation algérienne s’adressent également aux Présidents des trois grandes Commissions, qui ont successivement et brillamment conduit les travaux des trois réunions du Comité préparatoire de la Conférence, ainsi qu’à l’ensemble des membres du Bureau de la Conférence.

La délégation algérienne s’associe pleinement à la Déclaration faite au nom des Etats parties au TNP, membres du Mouvement des Pays non-alignés.

Monsieur le Président,

L’Algérie, qui reste convaincue que le désarmement nucléaire est l’objectif ultime du TNP conformément à son article VI, se félicite de la tenue de cette huitième Conférence d’examen dans un contexte de renaissance de l’option « zéro arme nucléaire », qui est le seul moyen de prévenir durablement la prolifération et de progresser vers un monde débarrassé des armes nucléaires.

Dans ce contexte, je voudrais réitérer le voeu de mon pays de voir la Communauté internationale, en particulier les Etats dotés de l’arme nucléaire, s’engager résolument en faveur d’un processus visant la dénucléarisation de la planète et le démantèlement des arsenaux nucléaires encore stockés ou déployés à ce jour.

Dans le prolongement de notre adhésion collective aux objectifs d’un désarmement nucléaire préalable â un désarmement général et complet, s’inscrit, tout naturellement, notre quête, maintes fois réaffirmée, de mettre un terme définitif et durable à la prolifération des années nucléaires.


Le Traité de Non-prolifération des armes nucléaires demeure, à cet égard, un instrument clef de la préservation de la paix et de la sécurité internationales. Son adoption dès 1968, a considérablement contribué, il faut le reconnaître, à freiner les risques de prolifération dans le monde.

S’il est communément admis que le désarmement et la non-prolifération nucléaires sont des facteurs propices à l’instauration de la confiance et â la préservation de la paix et de la sécurité internationales, il est tout aussi vrai que l’utilisation pacifique de l’énergie nucléaire s’impose de plus en plus comme un vecteur incontournable de développement et de progrès.

Si une telle évaluation était partagée par tous les Etats présents aujourd’hui, cette Conférence pourrait être, alors, l’opportunité recherchée pour rompre avec les échecs passés et de donner un nouvel élan au processus d’examen dans le sens d’un renforcement du TNP par les mesures équilibrées qui satisfassent les revendications de tous les Etats parties sans discrimination.

Cette opportunité qui s’offre à nous, aujourd’hui, devrait être saisie pour:

- Reconnaître, d’abord, que quarante ans après son adoption, le TNP a atteint les limites d’une approche sélective et discriminatoire dans sa mise en oeuvre, conduisant inéluctablement à l’échec de la Conférence d’examen de 2005;

- Réitérer, ensuite, la validité de l’interprétation universellement admise selon laquelle les droits et les obligations des Etats parties au TNP reposent sur les trois piliers fondamentaux, complémentaires et indissociables que sont le désarmement nucléaire, la non-prolifération des armes nucléaires, et la promotion des utilisations pacifiques de l’énergie nucléaire.

- Réhabiliter, enfin, le TNP en faisant le choix difficile mais nécessaire, d’une juste mise en oeuvre de l’ensemble des obligations qui découlent du Traité sans discrimination, pour répondre aux attentes de tous les Etats parties et lever ainsi les obstacles qui empêchent le TNP d’être en parfaite adéquation avec ses objectifs et sa vocation.

Un tel choix qui serait, à la fois courageux et responsable, passe inévitablement par l’adoption de mesures renforcées et novatrices à même de conférer aux résultats de cette Conférence d’examen la teneur et la portée qui seraient à la mesure de nos aspirations faites de paix, de sécurité et de progrès.

Dans ce cadre, les décisions et résolutions des Conférences d’examen du TNP, tenues en 1995 et 2000, nous paraissent incontournables. Elles doivent constituer le point de départ des travaux de la présente réunion.

Monsieur le Président,

En prévision de la tenue de cette Conférence, mon pays a présenté un rapport détaillé sur la mise en oeuvre du TNP ainsi qu’un certain nombre de documents de travail sur les questions importantes à l’ordre du jour des Grandes Commissions. J’éviterais donc de revenir sur les questions et propositions déjà mentionnées dans les documents soumis par l’Algérie.

II est toutefois des questions importantes qui seront abordées lors de cette Conférence et dont il est attendu des réponses concrètes et urgentes. C’est sur ces questions que je souhaiterais dire quelques mots:

J’évoquerais, en premier lieu, la question des garanties de sécurité aux Etats non dotés de l’arme nucléaire, qui demeure la préoccupation majeure d’une large majorité d’Etats Parties y compris mon pays. Car malgré les progrès récemment enregistrés, on déplore encore le maintien injustifié de doctrines de sécurité nationale basées sur la possession d’arsenaux nucléaires capable~de détruire plusieurs fois la planète entière, la question des garanties doit bénéficier d’un examen prioritaire et approfondi qui tiendrait, notamment, compte, des décisions pertinentes des Conférence d’examen de 1995 et 2000.

Dans ce cadre et dans l’attente de l’élimination totale des armes nucléaires, les Etats détenteurs de ces armes au titre du TNP, devraient s’efforcer de réduire leur rôle dans les politiques nationales et régionales de défense. Le nouveau Traité START constitue une initiative louable dans le processus de désarmement nucléaire. Pour être â la hauteur de nos attentes, ce Traité devrait donner le ton â une démarche plus affirmée et plus volontariste en matière de réduction des arsenaux nucléaires, progressive mais qui serait soutenue et ininterrompue et qui concernerait aussi bien les armes stratégiques que les armes tactiques ainsi que leurs vecteurs.

Monsieur le Président,

J’aborderais, en second lieu, l’objectif de la Non-prolifération pour lequel l’Algérie propose un renforcement de la mise en oeuvre de l’article 1er du TNP par lequel les Etats parties se sont engagés â ne pas aider, encourager ou inciter les Etats non dotés d’armes nucléaires à acquérir de telles armes de quelque manière que ce soit.

Les puissances nucléaires et les Etats membres du Groupe de fournisseurs nucléaires, ont une responsabilité particulière dans la mise en oeuvre de cette obligation du Traité. Nous les exhortons à s’engager à ne pas accorder leur coopération dans le domaine nucléaire civil â des Etats qui ne sont pas parties au TNP. Des mesures suffisamment restrictives en matière de coopération nucléaire seront à même de décourager ces Etats de rester en dehors du TNP.

Des avancées sur cette voie nous permettraient, notamment, de réaliser des progrès sur la question de la création d’une zone exempte d’armes nucléaires et d’amies de destruction massive au Moyen-Orient, qui demeure l’otage du refus d’Israël d’adhérer au TNP et, partant, de soumettre ses installations aux inspections de l’AIEA.

Une panoplie de mesures contraignantes pourrait également être adoptée par le Conseil de sécurité de l’ONU et d’autres organes onusiens compétents, afin de donner à la question de l’universalisation du TNP l’importance et la priorité qu’elle mérite en tant qu’instrument de paix et de sécurité internationales.

Monsieur le Président,

Permettez-moi de souligner, en troisième lieu, que l’Algérie fait également partie de cette large majorité d’Etats qui a choisi de mettre l’atome au service exclusif des applications civiles, y compris en matière de recherche/développement conformément aux dispositions du TNP et notamment son article IV. Je souhaiterais à cet égard, réitérer le soutien de l’Algérie au mandat de l’AIEA dans la promotion des utilisations de l’énergie nucléaire à des fins pacifiques, ainsi qu’à toutes les initiatives régionales et internationales visant la diversification de la coopération scientifique et technique dans ce domaine.

Monsieur le Président,

Je dois rappeler, enfm, l’initiative de la Présidence algérienne de la Conférence du Désarmement en 2009, qui bien qu’approuvée à l’unanimité, n’a pas encore été suivie d’action concrète, comme le montre les résultats de la dernière session de la Conférence du désarmement à Genève. Mais la conférence de Désarmement n’est pas le seul forum multilatéral qui subit les effets négatifs de ses échecs. Les lenteurs persistantes constatées dans le processus d’entrée en vigueur du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires et la mise en place de l’Organisation des Etats parties siégeant à Vienne, sont également une source de grande préoccupation.

Au regard du blocage actuel, il revient à l’ensemble de la Communauté internationale de rechercher les voies et moyens â même de relancer les travaux de la Conférence de Désarmement.

C’est en exprimant cet espoir que je souhaite plein succès aux travaux de cette Conférence, et vous remercie de votre attention.

 

 

 

 

__________

 

 

 

 

Copyright © Ambassade d'Algérie en France  50, rue de Lisbonne 75008 Paris  Téléphone: +33 1 50932020 - Fax: +33 1 50932069

E-mail:chancellerie@amb-algerie.fr