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Président de la République

Discours du Président de la République
à l'occasion de la Journée Mondiale de la Femme 

(Alger, 8 mars 2008)


 

Femmes algériennes,

Mes Chères Sœurs,

Mes Chères Compatriotes,

 Je me fais un devoir et en même temps un plaisir de m’adresser à vous à l’occasion de la Journée Mondiale de la femme, comme je le fais régulièrement.

 C’est avec satisfaction que je mesure le chemin parcouru par les femmes de notre pays et par l’ensemble de notre nation depuis un demi-siècle, depuis le grand ébranlement du 1er Novembre 1954 qui a projeté notre pays sur la voie de l’indépendance nationale, de la modernisation et de la renaissance de la civilisation musulmane.

 Certes, comme dans toutes les entreprises humaines, nous avons enregistré des victoires et des défaites, des avancées impétueuses et des reculs tragiques, mais dans deux domaines au moins, des progrès continus ont été incontestablement obtenus : celui de l’éducation et celui de la position de la femme au sein de notre société et dans tous les domaines de notre vie sociale.

 L’émergence sociale des femmes algériennes trouve d’abord sa source dans leur participation active à la lutte de libération nationale et elle a été renforcée par la grande révolution scolaire que nous avons initiée au lendemain de notre indépendance.

 Je tiens encore une fois à rendre hommage à toutes les femmes d’Algérie qui, le fusil, la seringue ou le stylo à la main, ont combattu dans les rangs de la glorieuse ALN pour libérer l’Algérie de la domination coloniale au péril de leur vie et de leur liberté personnelle. Par leur sacrifice, elles ont ouvert la voie aux grandes mutations qui ont affecté la condition féminine dans notre pays.

En moins d’un demi-siècle, la Révolution scolaire a transformé en profondeur notre peuple tout entier et encore plus sa partie féminine qui a réussi, par ses efforts et ses mérites, à atteindre sinon à dépasser la parité entre hommes et femmes dans notre société. En effet, si au niveau du primaire, un léger avantage subsiste encore en faveur des garçons, vestige de l’énorme distorsion qui existait au moment de l’indépendance, les filles prennent, dès le secondaire, un avantage qui se confirme de manière significative dans l’enseignement supérieur.

 Beaucoup plus vite et dans des conditions différentes de celles des pays développés, notre pays est entré, à l’aube du 21ème siècle, dans la voie inédite d’une féminisation accélérée des secteurs de haute responsabilité de la vie sociale. A la différence des pays européens où l’entrée des femmes dans le monde du travail s’est identifiée pendant longtemps à une prolétarisation imposée par la survie, chez nous l’insertion des femmes dans le monde du travail a d’emblée correspondu à une participation de plus en plus notable des femmes, jusqu’à devenir majoritaire dans certains secteurs, comme l’encadrement sanitaire, éducationnel et institutionnel de notre nation.

 Il est révolu le temps où, pour un petit nombre de nos mères, épouses et sœurs, le travail à l’extérieur du domicile familial s’identifiait à celui de femme de ménage ou d’ouvrière le plus souvent saisonnière. Actuellement, plus d’un million deux cent mille femmes algériennes occupent des emplois, le plus souvent qualifiés, principalement dans les secteurs de l’éducation, de la médecine, de la magistrature, de la Police Nationale et de l’Armée Nationale Populaire.

 Certes, les femmes sont encore minoritaires dans le monde du travail. Elles ne représentent en effet que 15 % environ de la population occupée, mais leur nombre ne cesse de croître à un rythme supérieur à celui des hommes. Les projections à l’horizon 2020 indiquent que la population active féminine augmentera à un rythme deux fois supérieur à celui de la population active masculine.

 Il appartient cependant aux Algériennes d’aujourd’hui de bousculer ces projections statistiques en prenant à bras le corps le formidable défi qui est posé à notre société tout entière : celui de basculer dans la nouvelle économie qui est celle de l’entreprise performante et du savoir efficient. La question principale n’est plus de mesurer la participation des femmes en nombre d’enseignantes ou de médecins, mais en nombre d’entrepreneurs produisant de la richesse pour leur bien, le bien de leur famille et le bien de toute notre nation. Ce terrain, malgré quelques frémissements encourageants, est encore largement en friche.

 S’il m’est agréable aujourd’hui de féliciter les jeunes générations d’Algériennes pour avoir saisi les opportunités qui leur étaient offertes et, à force de ténacité et de pugnacité, dépassé en quelques décennies les objectifs de parité qui étaient ceux des initiateurs de la Révolution scolaire, je les appelle à participer à cette grande aventure entrepreneuriale que j’appelle de mes vœux et qui, seule, pourra nous libérer du parasitisme rentier et nous permettre de participer activement à l’évolution du monde. Je tiens à saluer ces créatrices d’entreprises dans l’industrie, l’agriculture et les services modernes, et en particulier ces encore trop rares pionnières que sont les quelque 5.000 utilisatrices de l’Agence Nationale de Gestion du micro-crédit et ces 11.000 chômeuses qui ont réussi à créer leur propre emploi grâce à la dynamique créée par l’Agence Nationale de Soutien à l’Emploi des Jeunes.

 Cette dynamique doit être amplifiée et diversifiée.

 Elle doit concerner aussi bien les femmes citadines que les femmes rurales, et aussi toutes les couches sociales, ce qui suppose l’éradication dans les délais les plus rapides de l’analphabétisme qui touche encore une partie de notre population.

 

Chères Sœurs,

 Il appartient certes à l’État de parfaire notre édifice institutionnel de manière qu’il soit mieux à même de valoriser le rôle de la femme dans notre société. Mais il lui revient aussi, en priorité, de promouvoir un environnement où ces dispositions se traduisent effectivement par une amélioration de son quotidien.

 Nous ne voulons pas nous complaire dans ce qui a été réalisé au cours des 9 dernières années. La tâche qui reste à accomplir demeure importante et elle doit impliquer tous les segments de la société. Dans cet esprit, un décret du 22 novembre 2006 a mis sur pied un Conseil de la famille et de la femme de 53 membres réunissant tous les secteurs concernés, en particulier, le secteur associatif féminin qui contribue, avec une remarquable compétence, à l’évolution des institutions et des mentalités.

 Il appartiendra à cet organisme d’imaginer les moyens de traduire dans les faits et de rendre irréversibles les dispositions déjà prises pour mettre fin à toutes formes de discrimination à l’égard des femmes.

 Plutôt que de s’appuyer sur des schémas types de la société occidentale, le Conseil devra partir de notre réalité sociologique vécue, une réalité qui s’apparente à celle des régions géopolitiques auxquelles nous appartenons. C’est cette vision qui a inspiré notre décision d’adhérer au Protocole de la Charte des Droits de l’Homme et des Peuples de l’Union Africaine, relatif aux droits de la femme, qui est entré en vigueur en novembre 2005. Nous avons ratifié, dans le même esprit, en 2003, le Protocole de l’Union Africaine portant création de la Cour africaine des Droits de l’Homme et des Peuples qui vient d’être mise en place.

 L’Algérie a été également un des premiers Etats arabes à ratifier la Charte arabe des Droits de l’Homme qui entrera en vigueur à la fin mars. De même, nous avons ratifié, le 23 avril 2003, l’accord portant création de l’Organisation arabe de la femme dont notre pays préside actuellement le Conseil exécutif.

 Nous sommes à la veille de la commémoration du 30ème anniversaire de l’adoption de la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes. A cette occasion, nous allons retirer la réserve qui avait été formulée par l’Algérie à l’égard de l’article 9.2 de cette Convention concernant l’égalité des droits de la mère et du père en matière de transmission de la nationalité algérienne aux enfants, cette égalité étant maintenant reconnue en Algérie.

Notre avenir, qui se conjugue d’ores et déjà au présent, exige un remaniement des statuts et des rôles dans l’espace familial et dans l’espace public qui tienne compte des nouvelles pratiques tout en réaffirmant notre attachement commun aux valeurs de l’Islam. Nous nous y sommes attelés en révisant en 2006 le Code de la famille et de la nationalité qui consacrent le principe de l’autonomie de la personne. Pour le reste, nous avons laissé à la liberté créatrice des femmes et des hommes qui constituent notre nation, le soin d’expérimenter les nouveaux équilibres sociaux, en faisant confiance à leur bon sens, à leur capacité d’adaptation et à leur foi en Dieu.

 Nous tous, Algériennes et Algériens d’aujourd’hui, sommes sommés d’être les inventeurs d’un futur que nous nous devons, par delà les aléas du présent, de rendre meilleur pour nos enfants, comme nos parents l’ont fait pour nous.

 Je vous remercie

      

 

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