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Certes, comme dans toutes les entreprises humaines, nous
avons enregistré des victoires et des défaites, des avancées
impétueuses et des reculs tragiques, mais dans deux domaines au
moins, des progrès continus ont été incontestablement obtenus :
celui de l’éducation et celui de la position de la femme au sein
de notre société et dans tous les domaines de notre vie sociale.
L’émergence sociale des femmes algériennes trouve d’abord sa
source dans leur participation active à la lutte de libération
nationale et elle a été renforcée par la grande révolution
scolaire que nous avons initiée au lendemain de notre
indépendance.
Je tiens encore une fois à rendre hommage à toutes les
femmes d’Algérie qui, le fusil, la seringue ou le stylo à la
main, ont combattu dans les rangs de la glorieuse ALN pour
libérer l’Algérie de la domination coloniale au péril de leur
vie et de leur liberté personnelle. Par leur sacrifice, elles
ont ouvert la voie aux grandes mutations qui ont affecté la
condition féminine dans notre pays.
En moins d’un demi-siècle, la Révolution scolaire a
transformé en profondeur notre peuple tout entier et encore plus
sa partie féminine qui a réussi, par ses efforts et ses mérites,
à atteindre sinon à dépasser la parité entre hommes et femmes
dans notre société. En effet, si au niveau du primaire, un léger
avantage subsiste encore en faveur des garçons, vestige de
l’énorme distorsion qui existait au moment de l’indépendance,
les filles prennent, dès le secondaire, un avantage qui se
confirme de manière significative dans l’enseignement supérieur.
Beaucoup plus vite et dans des conditions différentes de
celles des pays développés, notre pays est entré, à l’aube du
21ème siècle, dans la voie inédite d’une féminisation accélérée
des secteurs de haute responsabilité de la vie sociale. A la
différence des pays européens où l’entrée des femmes dans le
monde du travail s’est identifiée pendant longtemps à une
prolétarisation imposée par la survie, chez nous l’insertion des
femmes dans le monde du travail a d’emblée correspondu à une
participation de plus en plus notable des femmes, jusqu’à
devenir majoritaire dans certains secteurs, comme l’encadrement
sanitaire, éducationnel et institutionnel de notre nation.
Il est révolu le temps où, pour un petit nombre de nos
mères, épouses et sœurs, le travail à l’extérieur du domicile
familial s’identifiait à celui de femme de ménage ou d’ouvrière
le plus souvent saisonnière. Actuellement, plus d’un million
deux cent mille femmes algériennes occupent des emplois, le plus
souvent qualifiés, principalement dans les secteurs de
l’éducation, de la médecine, de la magistrature, de la Police
Nationale et de l’Armée Nationale Populaire.
Certes, les femmes sont encore minoritaires dans le monde du
travail. Elles ne représentent en effet que 15 % environ de la
population occupée, mais leur nombre ne cesse de croître à un
rythme supérieur à celui des hommes. Les projections à l’horizon
2020 indiquent que la population active féminine augmentera à un
rythme deux fois supérieur à celui de la population active
masculine.
Il appartient cependant aux Algériennes d’aujourd’hui de
bousculer ces projections statistiques en prenant à bras le
corps le formidable défi qui est posé à notre société tout
entière : celui de basculer dans la nouvelle économie qui est
celle de l’entreprise performante et du savoir efficient. La
question principale n’est plus de mesurer la participation des
femmes en nombre d’enseignantes ou de médecins, mais en nombre
d’entrepreneurs produisant de la richesse pour leur bien, le
bien de leur famille et le bien de toute notre nation. Ce
terrain, malgré quelques frémissements encourageants, est encore
largement en friche.
S’il m’est agréable aujourd’hui de féliciter les jeunes
générations d’Algériennes pour avoir saisi les opportunités qui
leur étaient offertes et, à force de ténacité et de pugnacité,
dépassé en quelques décennies les objectifs de parité qui
étaient ceux des initiateurs de la Révolution scolaire, je les
appelle à participer à cette grande aventure entrepreneuriale
que j’appelle de mes vœux et qui, seule, pourra nous libérer du
parasitisme rentier et nous permettre de participer activement à
l’évolution du monde. Je tiens à saluer ces créatrices
d’entreprises dans l’industrie, l’agriculture et les services
modernes, et en particulier ces encore trop rares pionnières que
sont les quelque 5.000 utilisatrices de l’Agence Nationale de
Gestion du micro-crédit et ces 11.000 chômeuses qui ont réussi à
créer leur propre emploi grâce à la dynamique créée par l’Agence
Nationale de Soutien à l’Emploi des Jeunes.
Cette dynamique doit être amplifiée et diversifiée.
Elle doit concerner aussi bien les femmes citadines que les
femmes rurales, et aussi toutes les couches sociales, ce qui
suppose l’éradication dans les délais les plus rapides de
l’analphabétisme qui touche encore une partie de notre
population.
Chères Sœurs,
Il appartient certes à l’État de parfaire notre édifice
institutionnel de manière qu’il soit mieux à même de valoriser
le rôle de la femme dans notre société. Mais il lui revient
aussi, en priorité, de promouvoir un environnement où ces
dispositions se traduisent effectivement par une amélioration de
son quotidien.
Nous ne voulons pas nous complaire dans ce qui a été réalisé
au cours des 9 dernières années. La tâche qui reste à accomplir
demeure importante et elle doit impliquer tous les segments de
la société. Dans cet esprit, un décret du 22 novembre 2006 a mis
sur pied un Conseil de la famille et de la femme de 53 membres
réunissant tous les secteurs concernés, en particulier, le
secteur associatif féminin qui contribue, avec une remarquable
compétence, à l’évolution des institutions et des mentalités.
Il appartiendra à cet organisme d’imaginer les moyens de
traduire dans les faits et de rendre irréversibles les
dispositions déjà prises pour mettre fin à toutes formes de
discrimination à l’égard des femmes.
Plutôt que de s’appuyer sur des schémas types de la société
occidentale, le Conseil devra partir de notre réalité
sociologique vécue, une réalité qui s’apparente à celle des
régions géopolitiques auxquelles nous appartenons. C’est cette
vision qui a inspiré notre décision d’adhérer au Protocole de la
Charte des Droits de l’Homme et des Peuples de l’Union
Africaine, relatif aux droits de la femme, qui est entré en
vigueur en novembre 2005. Nous avons ratifié, dans le même
esprit, en 2003, le Protocole de l’Union Africaine portant
création de la Cour africaine des Droits de l’Homme et des
Peuples qui vient d’être mise en place.
L’Algérie a été également un des premiers Etats arabes à
ratifier la Charte arabe des Droits de l’Homme qui entrera en
vigueur à la fin mars. De même, nous avons ratifié, le 23 avril
2003, l’accord portant création de l’Organisation arabe de la
femme dont notre pays préside actuellement le Conseil exécutif.
Nous sommes à la veille de la commémoration du 30ème
anniversaire de l’adoption de la Convention sur l’élimination de
toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes. A
cette occasion, nous allons retirer la réserve qui avait été
formulée par l’Algérie à l’égard de l’article 9.2 de cette
Convention concernant l’égalité des droits de la mère et du père
en matière de transmission de la nationalité algérienne aux
enfants, cette égalité étant maintenant reconnue en Algérie.
Notre avenir, qui se conjugue d’ores et déjà au présent,
exige un remaniement des statuts et des rôles dans l’espace
familial et dans l’espace public qui tienne compte des nouvelles
pratiques tout en réaffirmant notre attachement commun aux
valeurs de l’Islam. Nous nous y sommes attelés en révisant en
2006 le Code de la famille et de la nationalité qui consacrent
le principe de l’autonomie de la personne. Pour le reste, nous
avons laissé à la liberté créatrice des femmes et des hommes qui
constituent notre nation, le soin d’expérimenter les nouveaux
équilibres sociaux, en faisant confiance à leur bon sens, à leur
capacité d’adaptation et à leur foi en Dieu.
Nous tous, Algériennes et Algériens d’aujourd’hui, sommes
sommés d’être les inventeurs d’un futur que nous nous devons,
par delà les aléas du présent, de rendre meilleur pour nos
enfants, comme nos parents l’ont fait pour nous.
Je vous remercie
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