Président de la République
Message du Président de la République à l'occasion du soixante deuxième anniversaire du "8 mai 1945"

Alger,  le 08 mai 2007


Algériennes, Algériens,

Mes Chers Compatriotes, 

Le 8 mai 1945 est l’une des dates les plus tragiques de notre histoire nationale, car elle restera marquée par l’ampleur des massacres perpétrés sur une population algérienne sans défense par les représentants de l’État colonial français ainsi que par des bandes de colons français armés et agissant en toute liberté. 

En ce soixante-deuxième anniversaire de ce jour fatidique, je vous invite à vous recueillir à la mémoire des victimes innocentes de ces tueries où la lâcheté le dispute à l’abjection.  

Ces victimes sont les pionniers de notre indépendance qu’ils croyaient en droit de revendiquer forts qu’ils étaient de la participation des Algériens à la guerre contre le nazisme et de la formidable mobilisation populaire contre le colonialisme ; mobilisation organisée dans ce creuset du pluralisme démocratique et unitaire que fut le mouvement des Amis du Manifeste et de la Liberté, de manière pacifique et en concertation avec un État démocratique français purgé de ses miasmes colonialistes.

Nous savons tous ce qu’il advint de ce vaste élan national, pacifique et profondément humaniste.  

Aux manifestants de Sétif, Guelma et de très nombreuses villes de notre pays, qui entendaient, le jour de la défaite de l’Allemagne nazie consacrée par la signature de l’armistice, unir, dans un même mouvement, leur joie d’avoir contribué à la libération des peuples européens, et leur fierté d’affirmer leur propre volonté de libération, la police et l’armée françaises répliquèrent par une répression sanglante.  

Par l’ampleur, la durée et la diversité des opérations combinées de l’armée, de la police et des milices coloniales, ce fut l’un des plus importants crimes d’État de l’époque contemporaine.  

Pendant des semaines, rien ne sera épargné à une population désarmée. Ni les bombardements par l’aviation et la marine de guerre, ni les exécutions sommaires, ni les chasses à l’homme, ni même les fours à chaux d’Héliopolis.  

Cette féroce campagne de terreur d’État fit des dizaines de milliers de victimes qu’aucune comptabilité macabre n’arrivera jamais à dénombrer avec exactitude, même si notre mémoire nationale a retenu le nombre symbolique de 45.000 morts.

 

Mes chers compatriotes,  

Je vous invite à faire de ce jour anniversaire du 8 mai 1945 un moment de réflexion lucide et courageuse sur notre passé proche et sur notre avenir immédiat.  

Le 8 mai 1945 est un moment qui s’inscrit dans la longue histoire de notre résistance nationale à la domination coloniale, une histoire faite de sang et de larmes depuis l’épopée inaboutie de l’Émir Abdelkader jusqu’au combat victorieux initié le 1er novembre 1954.  

Ce fut une histoire faite de défis relevés au prix d’innombrables sacrifices, à un coût littéralement exorbitant, qui a rendu notre renaissance nationale plus glorieuse certes, mais aussi plus précaire que pour la plupart des peuples de la planète. 

Bien sûr, nous ne devons pas voir le présent et l’avenir seulement avec les yeux d’un passé traumatisant.  

En deux générations d’indépendance, notre pays a pansé la plupart de ses blessures et pour l’essentiel, il est sorti de la « nuit coloniale ».  

Notre peuple tente de nouer avec les autres peuples du monde, et notamment ceux de l’espace méditerranéen, des rapports de partenariat fondés sur le respect mutuel et les intérêts partagés.

 

Mes chers compatriotes, 

S’il est incontestable qu’aujourd’hui nous vivons davantage à l’heure des solidarités du futur rendues incontournables par la proximité géographique qu’à celle des antagonismes engendrés par la domination coloniale, il n’en demeure pas moins que nos relations avec notre ancien colonisateur restent marquées par les séquelles de cette domination.  

Cette situation ne pourrait être dépassée que dans un climat de confiance fondé sur des valeurs universelles de liberté et de respect, sans lequel toute approche audacieuse de nos rapports bilatéraux et des équilibres régionaux risque de s’enliser dans de vaines résurgences du passé colonial. 

Le sacrifice de toutes les Algériennes et de tous les Algériens qui ont perdu la vie en ce tragique 8 mai 1945 a finalement contribué à l’abolition de ce passé colonial et à l’émergence d’un monde multipolaire fondé sur la liberté des nations et leur respect mutuel.

 

Abdelaziz BOUTEFLIKA


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