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Au Nom de Dieu, Le Clément, Le
Miséricordieux,
Mes
Chers Compatriotes,
Je vous appelle à vous recueillir
à la mémoire des dizaines de milliers de nos concitoyens tués,
blessés, emprisonnés, humiliés par l’État colonial français et
ses milices lors des tragiques événements du 8 Mai 1945. Il
s’agit des massacres perpétrés, il y a un peu plus de soixante
ans, notamment dans les régions de Sétif, Guelma et Kherrata. Au
moment où les peuples du monde entier fêtaient la victoire
contre le nazisme, des défilés pacifiques et joyeux d’Algériens
étaient organisés dans de nombreuses villes du pays. Ils
entendaient à la fois célébrer la victoire contre le nazisme
pour laquelle de nombreux Algériens avaient sacrifié leurs vies,
et affirmer leur droit de s’affranchir de la domination
coloniale en brandissant le drapeau national. La réponse de
l’État colonial français fut d’une insoutenable brutalité,
illustrée notamment par les massacres de masse commis par
l’aviation et la marine, les exécutions sommaires et les fours à
chaux d’Héliopolis pour faire disparaître les traces de cette
atroce barbarie qui déferla sur l’Algérie pendant plusieurs
semaines.
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En ce jour anniversaire du 8 Mai 1945, je vous appelle à honorer
la mémoire de nos concitoyens martyrisés avec émotion, mais
aussi avec fierté, lucidité et sérénité. Car ils ont été,
d’abord, et avant tout, les pionniers de la résistance
anti-coloniale de la nation algérienne qui débouchera sur le
déclenchement de la guerre de libération nationale initiée le
1er Novembre 1954, et la victoire politico-militaire du, 5
Juillet 1962.
Depuis la reconquête de son
indépendance, il y a presque un demi-siècle, l’Algérie s’est
efforcée de construire avec ses voisins et, notamment avec la
France, des rapports de coopération et de partenariat fondés sur
la proximité géographique, l’intérêt mutuel et le respect de la
souveraineté nationale. Il est clair, cependant, que le déni de
l’Histoire, cet étrange «révisionnisme» qui s’est emparé de
certains secteurs de l’opinion française, ne contribue pas à
approfondir des relations qui devraient privilégier la
construction des solidarités du futur à partir d’une
reconstitution historique, réaliste et sincère, d’un passé
colonial qui a laissé des blessures profondes au sein du peuple
algérien. A ce sujet, nous sommes extrêmement attentifs à toutes
les voix qui s’élèvent en France pour rompre avec le déni de
l’Histoire, en particulier, en ce qui concerne le 8 Mai 1945,
car elles ouvrent la voie à une réconciliation véritable et
durable entre les peuples algérien et français.
Pour nous Algériens, la
commémoration du 8 Mai 1945 doit exalter les sacrifices d’une
génération de nos compatriotes pour abolir ce passé colonial et
contribuer à l’émergence d’un monde multipolaire fondé sur la
liberté des nations et leur coexistence pacifique. Il est
important, aussi, que ces pages noires et héroïques de notre
histoire soient rappelées aux jeunes Algériens qui sauront,
ainsi, le prix payé par leur peuple pour recouvrer sa liberté,
sa dignité et son indépendance.
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