Président de la République
Interview du Président de la République au journal espagnol ABC

15  mars 2007


La visite du Roi d’Espagne en Algérie se produit quelques jours après  celle du Président Zapatero au Maroc. Que souhaiteriez-vous changer ou améliorer  dans les relations entre votre pays et l’Espagne ? 

Les relations algéro-espagnoles sont excellentes. Elles sont évidemment  éligibles à l’amélioration dans tous les domaines et, notamment, le domaine  économique. Nous attendons que les entreprises espagnoles viennent investir  en Algérie où d’innombrables créneaux sont ouverts à l’investissement et au  partenariat.    

Au cours des derniers mois, le nombre d’émigrants clandestins algériens  qui arrivent en Espagne par voie maritime, surtout depuis l’ouest de votre pays,  n’a fait qu’augmenter. Craignez-vous que le problème ne s’aggrave ? 

Je ne pense pas qu’il soit exact de dire que le nombre de clandestins  algériens augmente. S’il y a eu effectivement des tentatives d’émigration clandestine  de la part de quelques Algériens, ce phénomène reste heureusement limité grâce  à la reprise économique qui offre de larges possibilités d’emploi. Je suis donc  optimiste pour l’avenir car je ne vois pas de raison d’une aggravation du phénomène  de l’émigration pour les jeunes Algériens.

Comment combattez-vous l’émigration clandestine dans un pays aussi  vaste que le vôtre, transformé au cours des années en voie de passage depuis  le Niger ou le Mali ? 

En plus d’un renforcement de la surveillance de nos frontières, nous  agissons à travers une étroite concertation avec ces pays voisins par un échange  d’informations en prenant les mesures préventives qui s’imposent. 

Les dernières attaques terroristes visent des objectifs plus ambitieux  comme les entreprises du secteur pétrolier qui embauchent des étrangers. Y aura-t-il  des changements dans la politique de sécurité algérienne pour faire face à la  nouvelle stratégie des salafistes, désormais alliés officiels d’Al Qaïda ? 

Le phénomène du terrorisme en Algérie est en nette régression. La  sécurité des entreprises du secteur pétrolier est totale, comme d’ailleurs celle  des autres secteurs. Les étrangers qui travaillent en Algérie vaquent normalement  à leurs occupations. Nous continuerons évidemment à combattre avec la plus grande  détermination les groupuscules de terroristes qui continuent à se manifester  de temps à autre dans certaines régions du pays.

Partagez-vous l’inquiétude, surtout américaine, quant aux tentatives  des terroristes de s’implanter dans la zone du Maghreb et du Sahel ?   

La menace terroriste n’épargne aucune région du monde. C’est pourquoi  il est nécessaire d’être plus vigilants que jamais, sans pour autant verser  dans un alarmisme exagéré. 

Comment croyez-vous que Washington réagira face au refus algérien  d’accueillir le siège de son commandement militaire en Afrique ? 

Le commandement militaire américain n’a pas demandé l’installation  de son siège en Algérie. Nous n’avons donc pas eu à accepter ou à refuser. D’un  autre côté, il ne nous appartient de nous prononcer s’il s’agit d’installer  ce siège en Afrique. 

Croyez-vous qu’il faille changer quelque chose dans la politique  de réconciliation suite à la détention il y a quelques jours de prisonniers  que vous aviez amnistiés et qui, de nouveau, s’étaient intégrés dans des cellules  terroristes ?   

La politique de réconciliation est irréversible et nous l’avons engagée  parce que nous sommes convaincus que c’est la seule voie de sortie de notre  crise. Qu’il y ait quelques défaillances, je n’en disconviens pas, mais cela  ne peut en aucun cas remettre en cause une décision qui, du reste, a été approuvée  massivement par référendum. 

Le conflit sahraoui stagne depuis trente ans. S’agit-il d’un problème  dont presque plus personne ne se soucie guère ?   

Le problème sahraoui préoccupe toutes les consciences libres dans  le monde. C’est un problème de décolonisation dont la solution doit reposer  sur les principes de la Charte des Nations unies. Le droit à l’autodétermination  du peuple sahraoui a été réaffirmé dans plusieurs de leurs résolutions, à la  fois par l’Assemblée générale de l’ONU et par son Conseil de sécurité, et il  ne pourrait absolument pas être question de l’ignorer ou d’essayer de le contourner  par quelque manœuvre douteuse que ce soit.

Croyez-vous que le plan d’autonomie marocain puisse au moins servir  pour que les attitudes bougent ?   

Nous ne connaissons pas encore ce plan qui, apparemment, n’a pas encore  de contours précis. Mais seul le respect du droit à l’autodétermination du peuple  sahraoui est de nature à mettre fin à un conflit préjudiciable à toute la région.   

Les Algériens se plaignent de ce que l’argent du gaz et du pétrole  ne s’emploie pas pour développer le pays et que la population continue d’endurer  des niveaux de pauvreté et de chômage très conséquents. Comment combattre  à court terme ce mécontentement, face à la théorie, qui constitue le creuset  du radicalisme ?   

Il suffit de sillonner le pays pour se rendre compte que l’Algérie  est devenue un immense chantier. Elle a renoué avec le travail et l’espoir.  De grands projets sont en cours. Le chômage est en baisse. La croissance est  de retour. Les universités accueillent près d’un million d’étudiants, tandis  que près de huit millions d’enfants fréquentent les écoles, collèges et lycées.   Les choses avancent donc, le pays se reconstruit. Bien sûr, tout n’est  pas réglé. Mais nous progressons de plus en plus vite. Je crois que le peuple  algérien, dans son immense majorité, est conscient de ces progrès et approuve  l’usage que nous faisons de nos ressources.   

Pourquoi est-ce que l’Union du Maghreb Arabe (UMA) ne fonctionne-t-elle  pas ?   

On ne peut cacher que l’UMA ne réussit pas à fonctionner comme nous  le voudrions parce qu’il existe des problèmes non encore résolus entre les membres  ou entre certains d’entre eux.


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