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“Monsieur
le Président,
Excellences,
Mesdames et Messieurs,
Permettez-moi, tout d’abord, de vous dire tout le
plaisir de la délégation algérienne de voir un illustre
fils d’un pays frère et voisin présider nos travaux.
Je voudrais vous assurer du soutien sincère et actif de
l’Algérie dans l’accomplissement de votre mandat.
Je rends également un vibrant hommage à votre
prédécesseur, le père d’Escoto, pour la compétence dont
il a fait montre, sa probité morale et son plein
engagement en faveur d’un multilatéralisme fondé sur les
principes et les idéaux de la Charte.
Je voudrais, enfin, exprimer notre gratitude à notre
secrétaire général, M. Ban Ki-moon, pour sa conduite
sage et éclairée de l’Organisation et les initiatives
qu’il déploie régulièrement pour renforcer le rôle des
Nations unies et asseoir leur autorité morale.
Monsieur le Président,
Cette année encore, la crise économique mondiale
s’impose comme un thème essentiel du débat général de
cette 64e session. Le monde a eu le temps de prendre la
mesure de son ampleur et de sa gravité. Si l’heure des
bilans n’est pas encore arrivée, on sait maintenant
qu’il ne s’agit point d’une crise conjoncturelle, ni de
l’éclatement d’une bulle comme le système capitaliste en
a connu par le passé.
Le monde admet, aujourd’hui, qu’il est confronté à la
crise d’un système régi par les règles de la
mondialisation et de la globalisation, comme il se rend
à l’évidence que toute solution sérieuse et durable de
cette crise passe par des décisions courageuses et
concertées destinées à promouvoir la mise en place d’une
gouvernance économique mondiale fondée sur les valeurs
de responsabilité, d’équité, de solidarité et de
progrès.
Une gouvernance qui aurait pour objectif de mettre un
terme aux pratiques financières et commerciales opaques,
iniques et déloyales imposées au reste du monde au nom
du libre-échange et de son efficacité indiscutable.
Il est urgent pour la communauté internationale de
prendre la mesure de la gravité de ces pratiques en les
identifiant comme des menaces majeures à la paix et à la
stabilité dans le monde et en leur opposant une riposte
appropriée.
Le manque de cohérence de la démarche face à la crise se
manifeste, entre autres, dans le traitement injuste
réservé aux pays en développement, car on ne peut faire
supporter par les pays de l’hémisphère Sud le fardeau de
la crise, alors qu’ils n’en sont pas responsables. Il
faudrait, au contraire, les aider à y faire face.
De fait, la seule réponse appropriée pouvant bénéficier
à l’ensemble de la communauté internationale réside dans
une nouvelle gouvernance de l’ordre économique mondial
basée sur des principes d’équité, de transparence et de
prospérité partagée.
Il va sans dire qu’en attendant l’émergence d’une telle
gouvernance, il est de la plus haute importance que les
engagements déjà pris en faveur des pays du Sud soient
honorés.
En fait, l’interdépendance des nations et la
corrélation, de plus en plus étroite, des problèmes
auxquels elles font face, imposent une gouvernance
internationale qui favoriserait l’émergence d’un
multilatéralisme fondé sur les vertus de la
concertation, de la coopération et du partenariat.
Ce n’est que par une approche intégrée, concertée et
inclusive des relations internationales, portée par une
gouvernance mondiale rénovée, que nous pourrons, non
seulement surmonter, collectivement et solidairement,
les problèmes de notre temps, mais aussi faire face aux
menaces qui pèsent sur la paix et la sécurité.
Les institutions multilatérales, minées par les
contradictions et les incohérences, n’arrivent pas à
sortir de l’impasse observée dans les processus de
négociation sur des questions pourtant vitales et qui
ont un impact direct sur nos populations.
C’est le cas, d’abord, des négociations sur la
conclusion d’un traité devant remplacer le Protocole de
Kyoto sur les changements climatiques. Voilà, en effet,
un domaine où faire preuve d’esprit de compromis et de
solidarité est manifestement dans l’intérêt bien compris
de tous les pays. Pourtant, les positions des pays
développés continuent d’être animées par des intérêts
nationaux étroits, alors que les enjeux portent sur la
survie même de l’humanité.
Je me dois de remercier et de féliciter notre secrétaire
général pour l’heureuse initiative qu’il a prise
d’organiser une séance spéciale consacrée exclusivement
aux changements climatiques. Son initiative se situe à
la veille de notre prochain rendez-vous à Copenhague.
C’est le cas, également, des objectifs primordiaux du
désarmement et de non-prolifération qui demeurent otages
de la politique des deux poids deux mesures, de
pratiques discriminatoires et de non-respect des
engagements pris, en particulier, par certaines
puissances nucléaires.
Ces pratiques n’ont pas épargné les cadres multilatéraux
de négociation jouissant, pourtant, de la légitimité et
dotés de l’expertise nécessaire pour réaliser des
avancées sur la voie du renforcement des objectifs de
désarmement et de non-prolifération.
C’est le cas, aussi, du combat contre l’impunité et
contre les violations des droits de l’homme et du droit
international humanitaire qui soulève de légitimes
doutes sur l’instrumentalisation de cette noble cause à
des fins politiques.
La question des droits de l’homme fait l’objet
d’approches sélectives, ce qui frappe de suspicion des
initiatives mues certainement par une volonté sincère
d’assurer le respect de la dignité humaine.
C’est le cas, enfin, de la coopération internationale en
matière de lutte antiterroriste. L’Algérie adhère
totalement à la stratégie antiterroriste. Elle estime
que cet important arsenal juridique gagnerait à être
consolidé par l’adoption du projet de convention globale
tant attendu.
L’Algérie est également convaincue de la nécessité d’une
adaptation permanente des moyens de riposte à cette
menace lourde et insidieuse.
Nous plaidons en faveur de mesures tendant à rendre
encore plus étanche le dispositif international
concernant la lutte contre le financement du terrorisme
à travers, notamment, l’interdiction absolue du paiement
de rançon aux preneurs d’otages qui a atteint, au cours
des dernières années, des proportions inquiétantes,
d’autant que le produit de ces rançons s’est révélé
être, désormais, la principale source de financement du
terrorisme.
L’Union africaine a fait sienne cette interdiction. Elle
a lancé un appel aux Nations unies pour qu’elles
contribuent rapidement à son universalisation et sa
concrétisation dans la forme et le cadre à la mesure de
la menace que ce phénomène fait peser sur la sécurité
des personnes et sur la stabilité de nos pays.
Monsieur le Président,
Notre souhait est que notre Organisation puisse réaliser
des avancées substantielles sur les grands chantiers de
la réforme, qu’il s’agisse de la revitalisation de
l’Assemblée générale, de la réforme du Conseil de
sécurité et du renforcement du rôle du Conseil
économique et social.
A l’évidence, une Assemblée générale revitalisée et
confortée dans son mandat rendra plus aisée la
conclusion d’un compromis sur la réforme du Conseil de
sécurité.
Un Conseil de sécurité qui intègrerait autant
l’aspiration légitime des pays en développement, et de
l’Afrique en particulier, à une représentation
équitable, que la quête de nouvelles méthodes de travail
plus en rapport avec les exigences de notre temps.
Monsieur le Président,
L’attachement de l’Algérie aux objectifs d’une politique
de bon voisinage se manifeste, notamment, à travers les
nombreuses initiatives et les efforts sincères qu’elle a
déployés en partenariat avec ses voisins.
Nous sommes fermement convaincus que la préservation de
la paix, la promotion du développement et le respect des
droits des peuples sont les fondements nécessaires et
incontournables de la construction d’un Maghreb arabe
apaisé, uni et prospère. Un Maghreb stable et totalement
intégré.
Chacun sait l’importance que nous accordons au droit des
peuples à disposer d’eux-mêmes et les efforts que nous
déployons pour aboutir à une solution juste et durable
du conflit au Sahara occidental.
Les Nations unies pourront toujours compter sur le
soutien total et sincère de l’Algérie à toute initiative
entrant dans le processus de règlement de ce différend
conformément aux responsabilités qu’elles assument dans
la question du Sahara occidental.
Dans ce contexte, nous réitérons notre appui au
secrétaire général et à son envoyé personnel, M.
Christopher Ross, dans leurs efforts visant à promouvoir
une solution politique permettant au peuple sahraoui
d’exercer librement son droit inaliénable à
l’autodétermination. De même, nous apportons un soutien
inconditionnel à la cause du peuple palestinien dont les
développements menacent gravement la paix et la sécurité
dans l’ensemble de la région. Le Moyen-Orient ne
pourrait retrouver la paix et la stabilité sans un
règlement juste et durable de la question palestinienne,
qui est au centre du conflit arabo-israélien. Il est
maintenant évident pour tous qu’une solution
satisfaisante ne sera possible que si des pressions
appuyées et crédibles sont exercées sur la force
d’occupation israélienne en vue de l’amener à cesser sa
politique de provocation et d’agression contre le peuple
palestinien, à respecter les engagements contractés et à
répondre favorablement à l’initiative de paix arabe.
D’un autre côté, l’Algérie participe activement à tous
les efforts des pays africains pour consolider leur
unité, mettre un terme aux conflits qui entravent leurs
efforts de développement et réussir l’intégration
politique et économique du continent.
Les réalisations de l’Union africaine en font désormais
un partenaire fiable et respecté. Sa collaboration avec
les Nations unies a permis des avancées visibles,
notamment à travers une réduction significative des
foyers de tension sur notre continent.
S’il convient, tout naturellement, de se féliciter de
cette cogestion des conflits qui s’est instaurée de fait
entre les deux organisations, en parfaite conformité
avec la doctrine des Nations unies, il est, cependant,
regrettable de constater que les exigences qu’impose une
telle doctrine ne sont pas toujours pleinement assumées
par les partenaires de l’Afrique et le Conseil de
sécurité.
Puisqu’il est universellement admis que le maintien de
la paix dans le monde relève, en tout premier lieu, de
la responsabilité des Nations unies, il est important
que la question des conflits en Afrique continue à
mobiliser l’ensemble de la communauté internationale.
Dans ce contexte, mon pays partage et soutient
l’évaluation qui a été faite par notre frère, le Guide
de la Révolution libyenne, Son Excellence, Mouammar El
Kadhafi, président en exercice de l’Union africaine,
notamment la démarche africaine pour mettre un terme
définitif aux conflits en Afrique.
Monsieur le Président,
Je termine en renouvelant notre vœu que soient modifiées
la conception et la conduite des affaires
internationales par un engagement effectif et sincère de
l’ensemble de la communauté internationale en faveur du
renouveau et du renforcement du système multilatéral.” |